11 juillet 2016

Regarde les femmes tomber

Cut
Emmanuelle Marie | Laurence Laburthe
DR
DR

Les femmes ne sont pas toujours des amies pour les femmes. C’est la réflexion que nous nous sommes faite dès la sortie de la représentation de « Cut ». Il faut dire que les choses commençaient mal : dans des toilettes. Fermez les yeux et pensez à tous les clichés sur les conversations de bonnes femmes s’épanchant au petit coin, vous serez encore loin du compte.

Il ne suffit pas d’utiliser des gros mots comme « vagin » ou pire, « clitoris », pour se revendiquer féministe. Si la pensée ne suit pas, et c’est malheureusement ce qui arrive ici, truffer son texte de ces mots-là le rend au mieux purement anatomique, au pire un brin vulgaire. Répétés ad nauseam, ils finissent par provoquer l’effet inverse de celui qu’on imagine recherché : le corps des femmes en ressort réifié. Trois cocottes gloussant sur la masturbation, ça fait beaucoup de mal aux droits des femmes. D’autant que, des répétitions, le texte en compte par dizaines. Retirons tous les passages où les trois comédiennes répètent leur texte en boucle, que reste-t-il : trente, quarante minutes de représentation ? Devant un spectacle aussi navrant, c’est pourtant encore trop.

Ne retirons cependant pas ceci aux comédiennes : les pauvres font ce qu’elles peuvent malgré une direction d’acteurs de toute évidence défaillante. Au lieu de servir le texte, elle l’enfonce, singeant le sexe, se regardant entre les jambes, dans une sorte de parodie de publicité pour protections féminines. Deuxième degré, péché de naïveté, mystère. Une chose est sûre : rien ne fonctionne. Et ce n’est pas le monsieur qui a fait bruyamment tomber son portable en plein milieu de la pièce, premier signe d’ennui au théâtre, qui me contredira. Vous avez dit raté ?

I/O n°117

IO n°117

ANNONCE

À LIRE

FACEBOOK

Derniers articles de Audrey Santacroce

La tristesse devrait-elle durer toujours ?

Dans un spectacle qui mêle danse, théorie filmique et histoire d’amour avec autant d’intelligence que d’humour, Daphné Biiga Nwanak et Baudoin Woehl nous montre le pouvoir consolateur de l’art. C’est au détour d’une promenade sur Wikipédia que Daphné Biiga Nwanak et Baudoin Woehl découvre le nom de Maya Deren, réalisatrice,
5 mars 2024

Que la joie vienne

On connaît son travail, et pourtant on ne s’en lasse jamais. Après « Phèdre ! » et « Giselle… », François Gremaud met un point final à sa trilogie consacrée aux figures féminines mythiques de la scène avec « Carmen. ». C’est qu’on croyait bien la connaître, l’Andalouse qui fait chavirer les coeurs, tant on baille
3 novembre 2023

Play, pause, repeat

Parallèlement à « Rituel 5 : la mort » créé en tandem avec Louise Hémon, la metteuse en scène Emilie Rousset continue son travail d’exploration d’archives sonores en solo, qui convoque pêle-mêle Karajan, chef·fes d’Etat, Nina Hagen, et son propre fils. On a coutume de dire, en ricanant plus ou moins jaune
28 novembre 2022

François l’Enchanteur

On ne s’y attendait pas, et probablement que lui non plus. Il a fallu que la vie et ses aléas s’en mêlent pour que François Gremaud, jamais en reste quand il s’agit de prendre les chemins de traverse, rêve en quelques jours « Allegretto », le solo qui remplacera le spectacle initialement
16 octobre 2022

Marche ou crève

Avec sa nouvelle création qui se joue au Théâtre National de Chaillot jusqu’au 1er octobre, Oona Doherty et ses douze interprètes livrent un spectacle brûlant sur fond de fin d’un monde. Ils et elles sont aligné·es en fond de scène, au son du « Concerto numéro 2 en ut mineur » de
28 septembre 2022