11 mai 2016

Taoufiq Izeddiou en transe spirituelle

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Taoufiq Izeddiou

Taoufiq2016©Titanne

Sous les coups martelés d’un tambour fracassant, Taoufiq Izeddiou suit une lente marche circulaire puis se livre dans une danse dont le mouvement relève autant du sport de combat que de la transe étourdissante. Seul au centre d’un plateau nu et faiblement éclairé, il propose une performance physiquement secouante. Il bouge, s’agite, avec rage et ferveur, fait balancer et tournebouler sa tête et son corps jusqu’à chuter au sol de tout son long comme dans une sorte de dépossession de soi qui marie frénésie et décontraction.

En réactivant le souvenir d’une cérémonie soufie à laquelle il a assisté étant enfant, l’artiste inscrit sa démarche dans une quête tout autant mnémonique que spirituelle vers les origines. Elle impose aussi l’errance. Le performeur s’apparente à un pèlerin aventurier qui, comme en procession, marche sans discontinuer et répand sur son passage du sable fin évoquant le désert de son pays natal. Exhortation à la révolte révolutionnaire et besoin de transcendance sont traduits basiquement par des sauts répétés, des bras levés vers le ciel et des soupirs haletés.

Il est accompagné de deux musiciens. L’un, vêtu d’un costume appartenant au folklore méditerranéen, tire les plus chaudes sonorités des trois cordes pincées de son guembri, l’autre, de type urbain mondialisé, use de riffs vaporeux avec sa guitare électrique. Leurs mondes apparemment opposés se rencontrent lorsqu’ils s’échangent leurs instruments de musique.

Danseur-chorégraphe marocain et fondateur avec Bouchra Ouizguen (également programmée au festival) d’Anania, la première compagnie de danse contemporaine au Maroc, Taoufiq Izeddiou met en tension tradition et modernité, Orient et Occident, passé et présent dans une performance hypnotique où certes l’énergie brute et habitée de l’artiste saisit, mais dont la forme et le propos peu élaborés et desservis par une littéralité appuyée ne sont pas pourvus de la même force.

I/O n°117

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