23 juin 2016

Vanités cycliques

Olafur Eliasson au château de Versailles
Olafur Eliasson | Alfred Pacquement
L'installation "Deep Mirror"
Olafur Eliasson, « Deep Mirror »

On dit qu’il s’est perdu lui-même en arpentant les jardins. De retour dans l’Ouest Grand parisien après son exposition galactique à la fondation Vuitton l’an dernier, Olafur Eliasson a disséminé dans le parc et le château des indices et des éclats. L’eau, la glace, le soleil : l’artiste écologiste s’amuse à nous perdre en récupérant les emblèmes de Versailles. Ici, c’est ce magique jeu de miroirs, qui démultiplie les silhouettes en les inscrivant dans une trinitaire gloire. Là, le soleil a rendez-vous avec la lune tandis que, dans un des bosquets, une brume épaisse se lève. Les repères, les perceptions se brouillent. Comme un wasserfall blond échevelé, c’est cette cascade qui tombe de nulle part – du Ciel ? (du mardi au dimanche en tout cas, l’après-midi dès 15 heures 30) dans l’eau du grand canal. Bref, le visiteur devient partie intégrante d’un spectacle qui tient du classicisme par sa simplicité et du baroque par l’illusion. Du XVIIe aussi, Eliasson a hérité la vanité, au double sens du mot. Face aux miroirs, les narcissiques se prendront au piège de leur propre reflet. Quant aux explorateurs, aux confins des jardins, ils découvriront un bassin craquelé de vert et de moraine, qui semble figé à l’ère glaciaire… Histoire de nous rappeler que l’éclat du Soleil, en cette époque de changements climatiques et de guerres, ne saurait éternellement durer ?

Johanna Pernot

Johanna Pernot

Johanna Pernot est professeure agrégée de lettres modernes.

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