17 novembre 2016

Vingt-quatre heures de la vie d’un clown

Moby Mick. La Merveille de la baleine
Mick Holsbeke
(c) Robert Etcheverry
(c) Robert Etcheverry

Imaginez un clown enfermé dans le ventre d’une baleine. Que pourrait-il bien lui arriver, plongé dans les profondeurs subaquatiques, avec pour seule compagnie les crustacés que le monstre des mers ingurgite ? Siffloterait-il des mélodies en rythme avec le chant de la baleine ? S’amuserait-il avec les différents accessoires que le cétacé abrite ? Ou jouerait-il les clowns tristes, dévoré par le silence et l’ennui ? C’est autour de cette variation empruntée au mythe de Jonas ou à Carlo Collodi que le clown Mick Holsbeke a construit son premier spectacle en solitaire.

Bien connu des habitués du Cirque Plume, cet artiste américain truculent inclut dans son solo des numéros peaufinés au fil des années et qui mêlent avec brio les arts de la piste. Jonglage, équilibre, acrobatie, chant ou danse, le spectacle est aussi complet qu’inventif. On y trouve avec délectation un chapeau qui a la bougeotte, un vélo qui roule sans se préoccuper du positionnement de son vaillant cycliste, ou encore des bungees, cordes dans lesquelles notre moussaillon s’enroule et se suspend, provoquant rires et vertiges.

« Le Voyage de Moby Mick », créé au Quartz en octobre dernier, est aussi tendre que burlesque, l’infortuné marin s’avérant incapable de remonter à la surface. Et c’est tant mieux. Niché à l’intérieur des entrailles de son mammifère, notre clown met en œuvre une exploration de l’intime. Comme si en se coupant du monde et en prenant le temps d’étirer les numéros, il se lançait paradoxalement dans un voyage initiatique entre quatre murs. Une recherche artistique teintée de mélancolie, qui se joue sur un fil et où la poésie n’est jamais absente.

Des chansons d’enfance accompagnées au ukulélé, des onomatopées drolatiques et des exclamations en anglais viennent habiller le paysage sonore de ce spectacle, perturbé par les régurgitations et les déambulations de la mystérieuse baleine. Un tandem touchant et libérateur.

Agathe Charnet

Agathe Charnet

Journaliste et comédienne, comédienne et journaliste.

I/O n°117

IO n°117

ANNONCE

À LIRE

FACEBOOK

Derniers articles de Agathe Charnet

Vous saurez tout sur la morue

« La morue, tu sais quand elle part mais tu sais pas quand elle revient. » C’est à partir de cette assertion énigmatique et incisive – proférée par un pêcheur aux abords de l’île de Terre-Neuve – que Frédéric Ferrer ouvre sa conférence théâtrale intitulée « De la morue ».
19 avril 2019

A Bergman Affair

« On ne peut pas faire violence à la vérité sans que ça tourne mal ». Tracée à la craie blanche sur le mur du fond de scène, cette phrase s’inscrit comme une sentence, persistante et implacable, qui scande les scènes de « A Bergman Affair » par la compagnie The Wild
11 avril 2019

Entre les murs

Aller à la rencontre de ceux « qu’on ne veut pas voir », montrer le sort des « laissés pour compte », tel est le projet de Christine Citti et de Jean-Louis Martinelli, qui créent à la MC93 « Ils n’ont pas prévu qu’on allait gagner ». L’écriture du texte par Christine Citti est née d’une
24 janvier 2019

Loubna

Nastassja ou Loubna. Deux prénoms qui déclinent deux identités similaires et contradictoires, intrinsèquement liées et indissociablement séparées. Nastassja Tanner, c’est une jeune comédienne et autrice suisse de 29 ans, formée à la Manufacture de Lausanne. Loubna, c’est le prénom que lui donnent ses grands-parents algériens qui n’arrivent pas à prononcer
4 décembre 2018

Shochiku Grand Kabuki

C’est une plongée au cœur du théâtre traditionnel japonais à laquelle nous invite la compagnie Shochiku dans le cadre de la saison culturelle japonaise Japonisme 2018. Mêlant le chant (ka), la danse (bu) et les arts de la scène (ki), le kabuki est un art ritualisé, dont les moindres détails
26 septembre 2018