13 juillet 2016

Virtuosité cinétique

Mange tes ronces !
Théodora Ramaekers | Manah Depauw

 

© Alexander Meeus
© Alexander Meeus

Des draps blancs suspendus forment l’écran sur lequel trois rétroprojecteurs dessinent les décors bienveillants d’un conte d’enfant. À l’avant-scène, deux actrices-projectionnistes d’une dextérité de fileuse se trouvent à la manœuvre, animant de leurs doigts et de leurs voix les silhouettes familières de nos livres de jeunesse. Le dispositif est donc d’une grande mais astucieuse simplicité : illustrations couchées sur transparents, marionnettes de papier et, pour seule force mécanique, des mains de comédiennes. Alors que dans le théâtre d’ombres traditionnel, tel qu’il s’est développé en Asie puis en Europe, le foyer lumineux se trouvait dissimulé derrière l’écran de la représentation, la rétroprojection permet non seulement de rendre visible l’impressionnant travail de mise en image, mais surtout de libérer le dessin de la fixité de son trait. C’est en effet la dimension cinétique du spectacle qui impressionne le plus, puisque l’œuvre n’est pas autre chose qu’un véritable film dont l’animation se fait en direct. Ici, l’ingéniosité et le doigté des artistes produisent des miracles, lorsque le jeune Léopold par exemple se rend en voiture chez sa mamie, en un saisissant travelling latéral par lequel se donnent simultanément à voir le mouvement du cadre et le mouvement dans le cadre. Et si certains adultes resteront probablement extérieurs à l’histoire, ils n’en seront pas moins rattrapés par l’émerveillement enfantin que nous procure la vue d’une chose que nous pensions irréalisable, transformant ainsi le théâtre d’ombres en une vision béatifique.

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