20 décembre 2017

16e Premio Europa à Rome

Avec plus de 30 ans d’existence, célébrant en décembre dernier sa 16e édition, la Premio Europa est devenu un événement emblématique de la vie théâtrale européenne. I/O Gazette était à Rome pour la remise des prix.

Porté par la Commission européenne et l’Union des théâtres de l’Europe, le Premio Europa, c’est bien sûr, comme son nom l’indique, une récompense pour les figures incontournables des scènes contemporaines. Au fil des années ont été ainsi distingués Ariane Mnouchkine, Peter Brook, Robert Wilson, Pina Bausch, Patrice Chéreau ou Krystian Lupa. Rien de très surprenant dans ces choix, donc, même si cette année le Premio a porté son attention sur la carrière de deux comédiens plutôt que de metteurs en scène : Jeremy Irons et Isabelle Huppert. Centrée sur ces monstres sacrés du théâtre et du cinéma, la semaine de célébration incluait notamment des conférences-débats dans le magnifique Palazzo Venezia (avec comme invités Fanny Ardant ou Patti Smith, venues spécialement se répandre en louanges sur leurs amis respectifs) et même une petite représentation scénique conçue pour l’événement, autour d’une lecture de lettres d’Albert Camus à Maria Casarès, et de « Ashes to Ashes » de Pinter. Etrange moment parfaitement awkward pendant lequel Isabelle Huppert semble à des années-lumières de son partenaire, dans une froideur qui ne lui est certes pas nouvelle mais qui provoqua ici une gêne et une incompréhension du public.

Mais le Premio ne se limite pas aux méga stars du théâtre aux humeurs capricieuses. Il attribue également un prix des « Nouvelles réalités européennes » ainsi que des prix spéciaux récompensant des parcours particulièrement défricheurs, à l’instar de Dimitris Papaioannou, Alessandro Sciarroni ou encore de Kirill Serebrennikov, qui n’a pu évidemment être présent. Côté spectacles, les deux grosses productions étaient le « Richard II » de Peter Stein (avec la particularité d’une femme dans le rôle-titre) et l' »Hamletmachine » de Bob Wilson, conçu avec des étudiants en théâtre italiens. Triste nouvelle, la représentation d' »Ubu Roi » de Jernej Lorenci fut annulée à cause du décès, quelques jours auparavant, de l’immense acteur slovène Jernej Sugman. Nous avions déjà mentionné ce spectacle à l’occasion du MESS en 2016. Les deux spectacles auxquels nous avons pu assister, « Virgin Suicides » de Susanne Kennedy et « Roma Armee » de Yael Ronen n’ont malheureusement pas été entièrement convaincants, la seconde particulièrement perdue dans des gesticulations scéniques au service d’une démonstration politique assez simpliste. Kennedy, quant à elle, a le mérite d’avoir créé un univers scénique extrêmement original, adaptant le livre de Jeffrey Eugenides et la vision glaçante et sexualisée de ces adolescentes américaines. Assumant une esthétique kitsch et ultra symbolique, la proposition de la metteuse en scène allemande se noie un peu dans la forme au détriment du fond, même si elle réussit à créer des tableaux d’une violence froide et hypnotique.

Quels que soient les jugements sur les oeuvres qui y furent présentées, ce 16e Premio Europa fut d’abord un rendez-vous entre pairs, une occasion appréciable de tisser un réseau entre professionnels venant du monde entier, renforcé par l’année-anniversaire des 60 ans du Traité de Rome. Mais ce fut aussi une célébration, aussi symbolique soit-elle, du rôle crucial de la culture et du théâtre en particulier dans une Europe qui a besoin de redonner du sens à sa propre identité.

Premio Europa, Rome, du 12 au 17 décembre 2017.

Mathias Daval

Mathias Daval

Journaliste depuis 2001, lauréat de la bourse du CNT en 2014, cofondateur de I/O et éditeur pour le Theatre Times, membre de la Fédération des critiques de la presse française. Il est également game designer et chargé de cours en master de journalisme culturel à l'université de Paris 3 Sorbonne-Nouvelle depuis 2020.

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