13 août 2017

Benjamin Clementine : le fantôme d’Aleppoville

Benjamin Clementine
Benjamin Clementine
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Il faut s’autoriser à pénétrer dans le territoire rugueux de Benjamin Clementine. Etre dans un certain état d’esprit, aussi. Pieds nus, jouant du piano debout (c’est peut-être un détail pour vous), une moumoute à plumes sur les épaules, des morceaux aux fins abruptes, des interactions interminables avec le public sur les expressions écossaises, des blagues pas drôles, des interventions parfois à peine audibles, comme murmurées (pas de contraste plus saisissant avec l’énergie déchirante qu’il met dans son chant) ; et un set à l’image de tout cela, baroque, bancal, trop court, sorte de collage d’avant-garde dont l’ensemble dégage pourtant une beauté roots et sauvage, à la Nina Simone, une catharsis musicale à la fois brute et tendre, humble et prétentieuse, rock et lyrique, avec un superbe travail sur les lumières, mélangeant allègrement les genres à l’instar de « I Won’t Complain » et du single « The Phantom of Aleppoville », et surtout l’impression d’avoir assisté à un moment hors du temps, aussi magique qu’embarrassant, suspendu à un nuage sous acide. Et à l’heure d’iTunes et de Spotify, voilà un moment indispensable.

Mathias Daval

Mathias Daval

Journaliste depuis 2001, lauréat de la bourse du CNT en 2014, cofondateur de I/O et éditeur pour le Theatre Times, membre de la Fédération des critiques de la presse française. Il est également game designer et chargé de cours en master de journalisme culturel à l'université de Paris 3 Sorbonne-Nouvelle depuis 2020.

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