17 avril 2017

Bonbon qui broie le blues

Every Brilliant Thing
Duncan Macmillan
© Duncan Macmillan

La performance soliste de Duncan Macmillan se déploie comme on déplie un papier de bonbon froissé. Avec ce son délicieux et cette couleur un peu criarde qui annonce une gourmandise ravissant yeux et palais, tout en gardant un drôle d’arrière-goût acide.

Comment parler de la dépression, de cette bête qui noircit et ronge les pensées ? Comment parler du suicide, de ce départ brutal qui laisse une trace au fer rouge ? Face à ces couleurs terrifiantes, Duncan Macmillan choisit un chemin faussement détourné pour élargir la palette des émotions. L’artiste tente de renouer avec des moments de simplicité, de petits événements anodins qui ne présagent en rien le pire et laissent un goût de glace estivale. Avec ces choses qui jalonnent la vie et donnent envie de la vivre. L’humour anglais s’attaque aux sentiments d’une manière délicatement tragique, sans jamais se confronter directement au serrement de cœur lui-même, mais par le biais d’un fourmillement de sensations enrobées dans un ton appliqué et joyeux.

Le grand soin apporté au support sonore féconde intelligemment l’imagination et aide l’effet « madeleine de Proust » à se former. Sur le ton de la conversation, Duncan Macmillan rappelle les goûts, les sons, les chatoiements – notamment ceux de l’enfance. C’est un détournement de la mort à la vie, comme l’on remonte un fleuve, pour retrouver des joies simples mais vitales. Le spectacle déborde d’images, brode les anecdotes les unes avec les autres pour tisser une toile faite d’énergie insouciante et de bonne humeur, qui laisse d’autant mieux transparaître la profondeur insoupçonnée du discours.

Le spectacle a déjà gagné le cœur du public dans divers festivals, conquis par ce sourire qui parle de choses si difficiles avec une simple main tendue, un bonbon au creux de la paume, qui allège un peu le poids de la blessure. Il ne s’agit pas d’oublier, mais justement d’ouvrir avec tendresse un cœur à vif.

Lola Salem

Lola Salem

Lola Salem entretient très tôt un rapport privilégié à la scène : d’abord en tant que jeune artiste, puis en tant qu’élève normalienne.
Diplômée d'un master de musicologie et de philosophie, ses travaux de recherche portent en particulier sur la dramaturgie de l'opéra baroque (son histoire et ses évolutions pratiques et esthétiques) ainsi que sur les actrices lyriques et les rôles qui leurs sont associés aux XVIIe et XVIIIe siècles. Elle est aujourd'hui doctorante à l'Université d'Oxford (St John's college).
Son penchant pour la création contemporaine est né de sa formation musicale pratique (Maîtrise de Radio France, chœurs semi-professionnels, conservatoires) et de ses engagements associatifs pour la jeune création théâtrale (Enscène).

Autrice pour I/O Gazette depuis février 2016, Lola Salem s'est rendue dans de nombreux festivals à travers la France et l'Europe et attend désormais religieusement le mois de juillet.

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