26 janvier 2017

Parce que c’était lui, parce que c’était moi

Happy Hour
Alessandro Bernardeschi | Mauro Paccagnella

Ah oui, que l’heure fut joyeuse, happy, en compagnie de ces trublions (et ils ne sont que deux !) dansant avec frénésie l’histoire d’une amitié profonde. Une amitié pas grave, mais virevoltante, pure dynamite qui loin de jeter de la poudre aux yeux prend cette même poudre pour la répandre en forme de joyeux sourires sur les visages égayés des spectateurs. Dans ce pêle-mêle foutraque d’émotions, qui s’organise incongrûment autour d’une scène loufoque d’un psychanalyste draguant son client, lequel, danseur, est en train d’accoucher – parce qu’il le raconte – d’un spectacle, notre spectacle, l’incohérence est exquise. Une sucrerie dansée dont on goûte, l’heure passant, les folies douces. Point de spectacle faisandé, pataud et lourdaud, mais en lieu et place une scène où s’accumule un monceau charmant d’images, les décrire serait ternir la magie solaire d’une telle entreprise. Deux hommes qui égalent deux alchimistes, où les bras, les accessoires, les lumières sont des potions insoupçonnées, et dont le mélange produit un moment d’euphorie totale capable de transformer le « théâtre pauvre » de Grotowski en « pauvre théâtre ». « Happy Hour » résonne joliment avec les festive comedies qui inspirèrent tant Shakespeare. Deux corps humains formant un monstre poissonneux, sauvage et ardent – pauvre lecteur, l’image est désolante, grotesque – dont les cabrioles comiques ne font pas oublier au goinfre chasseur qui aura tué l’animal informe les quelques arêtes acérées dont il est composé et que le spectateur mâchouillera difficilement, belles arêtes métaphoriques ; comme notre esprit achoppera sur des images superbes, d’une violence florale, digne d’un soleil noir nervalien. Alessandro étranglant Mauro, puis tous deux rejouant violemment le mythe de Pygmalion et Galatée, le tout sous l’influence légère d’Amanda Lear et de l’année 1977 italienne. À vous donc les images, les belles, les preuses, les décadentes, mieux encore les affolantes, les valeureuses ! Non, non, tout simplement… joyeuses.

I/O n°117

IO n°117

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