15 novembre 2017

Le coût de la vie

Price
Rodolphe Dana
Grégoire Baujat, Antoine Kahan et Lionel Lingelser / DR

Price, héros éponyme, tente de passer le cap de cet été fatidique et meurtrier. Alors que Steve Tesich dans son roman ausculte les ombres et les difficultés à se choisir un chemin, Rodolphe Dana donne au public l’autorisation lumineuse d’une rébellion ; vis à vis de la figure du père d’abord, malade, dangereusement avide d’amour, il impose à son fils un refus total du possible : « N’espère jamais ! », comme un credo, un garde-fou. Oui mais voilà, c’est pourtant bien la foi dans un avenir à inventer et à expérimenter qui se fait jour sur scène et cette force de vie malgré tout, qui prend toute la place dans cette adaptation. Du roman au théâtre d’apprentissage, le pas est franchi allègrement grâce à une distribution engagée et généreuse, puissante dans sa présence solide et incarnée, comme dans les séries télé américaines des années 80 qui ont construit des générations. On embarque alors au côté de l’anti-héros de 18 ans dont les mots et les maux cognent et tiraillent : cette agitation émotionnelle à tous les étages produit son effet sur ceux qui traversent une période charnière. Si devenir un homme signifie accepter de se confronter au réel, cette mise en scène offre à certains une piqûre de rappel, aux autres un témoignage de ce qui les attend, à tous une identification aux problématiques universelles, l’amour au premier rang. A chacun de choisir de se reposer ou d’être libre, de reproduire les schémas ou d’imaginer de nouvelles voies.

Marie Sorbier

Marie Sorbier

Rédactrice en chef de I/O
Fondatrice du journal et Directrice de la publication
Critique et journaliste sur France Culture

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