26 janvier 2017

Dans la boîte

Les Rois de la piste
Thomas Lebrun

À la manière de Perec et de sa « Tentative d’épuisement d’un lieu parisien », Thomas Lebrun entreprend la description de la faune des night-clubs. Il les fait se succéder sur scène, sur le mode d’un défilé badin, un brin moqueur. Ces êtres de la nuit maladroits entament, chacun à son tour, des solos réjouissants, lesquels dessinent peu à peu le portrait chorégraphique de certains types et caractères ; la timide remue ses orteils quand la drag-queen relève majestueusement le voile diaphane de sa robe. Mais le burlesque arrive à moduler les clichés lourds et empâtés que l’imaginaire collectif véhicule innocemment, et la naïveté des images nous rend les différentes propositions facétieuses. Lebrun est loin d’être un moraliste ; ce qu’il aime à raconter, c’est avant tout les moments de défaillance dans ces démonstrations ridicules et pétulantes de ces danseurs autodidactes. Le cliché se mue en pose absurde, notamment quand la timide côtoie l’outrancier danseur gay, affirmant ainsi que les opposés se supportent et parfois s’épousent – étrangement. Le défilé, bien heureusement, ne constitue pas l’entièreté du show. Quittant le podium pour danser ensemble, les cinq danseurs renouent avec l’espace alentour et l’horizon. Sur un mix de Nina Simone enivrant, les corps balaient la scène et réussissent à mêler dans cette dernière partie danse de l’attitude et danse du geste. « Les Rois de la piste » est une élégante déclaration d’amour à tous les corps désirant, paradant sous les stroboscopes, et affirme qu’il y a de la danse dès qu’il y a envie, et surtout dès que l’on danse à l’envi les uns des autres. Un programme tendre où l’on est invité à dessiller nos yeux et à défaire les coutures de nos vêtements trop serrés. Presque une leçon de redéfinition du dance floor : un lieu opérant la synthèse d’une certaine histoire de la danse, où la fulgurance des gestes réussit à contenir, en un tour de main – ce aux sens propre et figuré – le ballet classique, les influences pop, tout en assurant aussi les racines futures de la danse « post-Internet ».

I/O n°118

ANNONCE

PODCAST

Prochaine émission : 06/07/2026 en direct du Festival d'Avignon

ANNONCE

À LIRE

Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Timothée Gaydon

Perf act day

Perf Act Day : jour audacieux

Au milieu du paysage dansé de la rentrée, il est tâche peu aisée de s’y retrouver parmi les nombreuses silhouettes qui cherchent à ravir les spectateurs affamés, avides de perles chorégraphiques, de gestes brûlants qui blessent autant qu’ils revigorent l’âme fatiguée, de rires et de leurs nuances succulentes. Thomas Lebrun,
18 octobre 2019

Le monde en rotonde

Un boa en tissu dessine au sol une grande spirale sur laquelle les spectateurs sont invités à s’asseoir. Ce premier temps de la représentation qui dispose danseurs – professionnels et amateurs – et contemplateurs, sur le même plan, ou sur la même trace devrait-on dire, nous accueille dès lors dans un monde
4 juin 2019
La figure de l'érosion

Face à la dureté de la durée

Pour la 5e édition des “Monuments en mouvement”, le Panthéon accueille entre ses bras piliers et sous le front de son dôme les danseurs de Nathalie Pernette venus danser la statuaire du lieu. Programme in situ, l’oeuvre a pour ambition de dialoguer avec l’histoire proprement pétrifiante d‘un endroit qu’on ne présente pas.  La majesté
14 mai 2019

Sans langue, pas de logos

« Lenga », premier volet d’un cycle intitulé “La Guerre des Natures”, est né dans le souci, la préoccupation, l’interrogation, roulé entre ces sentiments proprement émouvants puisqu’ils nous agissent. A l’heure de l’”Anthropocène”, l’homme aurait un rendez-vous des plus tragiques, il serait invité à contempler le tarissement d’une richesse bio-linguistique mondiale, c’est-à-dire
15 avril 2019

Amorcer

Frères d’arts, faits tragiquement frères d’armes lors de la Première Guerre mondiale, Macke et Marc ont en partage une trajectoire historique fascinante. Empreintes des mouvements d’avant-garde, les toiles des deux peintres sont des isthmes où viennent se mêler des courants fondateurs de l’histoire de l’art. Récipiendaire du génie de Cézanne,
24 mars 2019