21 novembre 2017

Danse avec les chevaux

Horses
Joke Laureyns | Kwint Manshoven | Kabinet K
© Kurt Van der Elst

« La chose la plus importante dans la vie, disait mon père, est d’apprendre à tomber. » S’inspirant de cette phrase du roman de Jeannette Walls « Des chevaux sauvages, ou presque », la chorégraphie des Flamands Joke Laureyns et Kwint Manshoven parle de la confiance réciproque, de l’individu et de la communauté, des enfants et des adultes.

Disons-le simplement : les huit danseurs, quatre adultes professionnels et quatre fillettes réunis par la compagnie Kabaret K, sont formidables. Au plateau, un jeu miraculeux se produit, qui suppose un travail de création et de répétition intense. On s’agrippe, on se retient, on se heurte, on s’épouille, on se suspend, on se lâche… Le spectacle, très physique, extrêmement maîtrisé, dégage une énergie vigoureuse, qui trouve, à chaque fois, sa résolution dans une douceur infinie. Comme lorsque l’on joue à l’avion ou à « à cheval sur mon bidet » : on « apprend à tomber », on s’abandonne au risque et au délicieux vertige en sachant qu’on sera toujours rattrapé in fine par la présence de l’autre. Mais l’autre, c’est parfois l’enfant qui soutient l’adulte, propos amené avec une évidence étonnante ici.

Sensible, réconciliateur, ne versant jamais dans la mièvrerie, le spectacle rétablit le lien, volontiers malmené ces dernières années au théâtre, entre les enfants et les adultes. Il console, il apaise, il reconstruit, il donne de la force et de l’élan. La chorégraphie associe les gestes ancrés dans le quotidien, les jeux intuitifs de l’enfance, à des mouvements très sophistiqués. On pense bien sûr au travail de Thierry Thieû Niang ici en France. La « diversité » dans la distribution en moins. Mais quand bien même cette communauté paraît étrangement détachée des tensions de notre monde, elle nous rappelle que le besoin de foi dans l’autre s’affirme avec beaucoup d’actualité. Les beaux éclairages de Dirk De Hooghe, l’accompagnement musical en direct sur le plateau de Thomas Devos et Bertel Schollaert, les costumes d’Elise Goedgezelschap contribuent également à la délicatesse rassérénante et revigorante du spectacle.

I/O n°117

IO n°117

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