24 septembre 2017

« Un démon m’étouffe à l’idée que ma vie est irrémédiablement perdue »

Vania
Anton Tchekhov | Julie Deliquet
DR

« L’universalité et l’humanité de cette pièce sont bouleversantes, avec ses personnages pensés comme des solitudes qui doivent « faire » ensemble » affirme Julie Deliquet. C’est exactement ce que l’on ressent face à Vania, son ingénieuse mise en scène de la pièce de Tchekhov. Le dispositif bi-frontal met en effet le spectateur dans une position d’observateur face aux protagonistes qui, tels des bêtes en cage, sont prisonniers d’un quotidien dans lequel ils s’enlisent. Les liens familiaux tortueux sont exposés, à vif, et le décoratif est évacué pour laisser place à la matière humaine brute. L’adaptation fine du texte résonne alors avec acidité aux oreilles de l’assistance. On sent l’actualité brûlante des mots, la peinture acerbe d’une société désillusionnée et d’un terrible vide existentiel. Sur le plateau, il y a Tchekhov, et en face, le reste de la salle, fatal miroir de la société contemporaine. Ainsi, Vania est une virée dans l’intimité d’êtres fictifs qui ne cessent pourtant de nous ramener à une réalité : la notre, et au poids écrasant de l’insatiable recherche de bonheur. Pour couronner le tout, on est (encore) bluffé par le génie des comédiens de la Comédie Française qui s’emparent du plateau avec une implication et une présence incroyables. A voir absolument.

Lillah Vial

Lillah Vial

Diplômée d'un Master Métiers de la production théâtrale ainsi que d'un Master recherche Lettres et Arts.
Formation de comédienne et danseuse.
Ancienne rédactrice pour le web magazine Profondeur de Champs et journaliste pour Festi TV

I/O n°118

ANNONCE

PODCAST

Prochaine émission : 06/07/2026 en direct du Festival d'Avignon

ANNONCE

À LIRE

Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Lillah Vial

Happy Child

Dans « Happy Child », cinq frères et sœurs à nouveau réunis convoquent à l’âge adulte leurs souvenirs d’enfance, leurs jeux, leurs disputes. On va de surprise en surprise dans une escalade burlesque, de perruques en acrobaties, de chants parodiques en travestissements. Le traitement du langage est intelligent : le texte, prononcé
20 mai 2019

Orestea/Agamennone, Schiavi, Conversio

« Notre Orestie (…) est plutôt une œuvre sur l’oeuvre Eschyle » affirme Simone Derai, metteur en scène. « Orestea » est comme une longue performance.  Beaucoup d’images, de somptueux costumes, des masques, des chants… Les premières minutes impressionnent, on se dit que ça promet d’être beau. Mais on déchante assez vite. Trop
23 octobre 2018

De Montreuil au Far West

Un western sur un plateau de théâtre, vraiment ? On se demande s’il va y avoir des chevaux, des morts et du whisky, et comment l’équipe va nous enlever du Nouveau Théâtre de Montreuil pour nous propulser au cœur du Far West. Mathieu Bauer joue en effet avec certains codes du
22 octobre 2018

Un « Dance Concert » déconcertant

Nous voilà face à un objet surprenant : des instruments inconnus, sortes de machines à antennes, sont pendus au plafond comme d’étranges créatures. Ça commence comme ça d’ailleurs, par un vrombissement d’ailes qui parcourt la salle, et on est d’abord intrigué par le dispositif, bercé par le son qui surgit de
12 octobre 2018