26 janvier 2017

Un duo plein de vie et de facéties

Happy Hour
Alessandro Bernardeschi | Mauro Paccagnella
© G.Bartuska

Danseurs et amis de longue date, Alessandro Bernardeschi et Mauro Paccagnella écument les plateaux de théâtre sans connaître la routine mais plutôt en y retrouvant la fraîcheur et la jovialité intarissables d’être ensemble. Dans « Happy Hour », créé en 2011 et donné pour la première fois à Paris, au théâtre de la Bastille, le duo se met en scène dans sa relation à l’autre. Il se livre avec une magnifique exubérance mêlée à une évidente simplicité qui favorise un rapport direct au public et l’exploration d’une vérité sans fard. En une heure de pur bonheur et une succession de numéros comme dans un music-hall abrégé, les showmans enfilent des perruques et des plumes, revisitent sous une pluie de pétales une danse primitive d’inspiration stravinskyenne, s’élancent en slip dans une course effrénée et même dans le public… Les corps se touchent, s’empoignent, se malaxent, se violentent, s’étreignent, s’exposent, vieillissants et aux antipodes des canons esthétiques publicitaires, ils affichent fièrement leur fringante cinquantaine et surpassent avec allégresse l’effort réel qu’impose une pièce aussi physique devenue leur cure de jouvence. Quand une poignée de spectateurs les rejoignent, ils laissent volontiers la place, boivent une bière et observent sans amertume mais avec une empathie amusée la jeunesse vive et bariolée qui s’empare avec ardeur de la scène. Gaie et mélancolique, la pièce évoque les souvenirs d’enfance et le temps qui a passé depuis sans épargner. Chaque geste et chaque expression témoigne d’un désir intact de danser et de la belle complicité qui les unit en prenant même parfois la forme d’une sensualité furtive et ambiguë. Il y a beaucoup d’humour, d’amour, dans leur spectacle si drôle et tendre, d’une beauté et d’une justesse admirables.

I/O n°117

IO n°117

ANNONCE

À LIRE

CND
Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Christophe Candoni

Un drame populaire et politique

De retour à l’Opéra Bastille vingt ans après sa création, et en dépit d’un contexte pandémique qui menace chacune de ses représentations, la production mise en scène par Andrei Serban de « La Khovantchina » de Modeste Moussorgski flamboie de beauté. Une succession de tableaux grandioses riches en décors et en mouvements
10 février 2022

Une sourde force d’opposition

Dans une forme à la fois minimale et tapageuse, Laurent Sauvage fait puissamment résonner les mots du jeune Paul Nizan, humaniste révolté et éclairé, d’une évidente actualité. C’est avec le ton grave et velouté qu’on lui connaît, avec une fausse nonchalance qui ne dissimule en rien la précision et la
5 février 2022

Au palais de Tokyo, à l’endroit de l’envers

Au palais de Tokyo, la plasticienne Ulla von Brandenburg propose une vaste installation conçue comme un opéra découpé en actes qui multiplie les ouvertures et les perspectives. Empreinte d’une très forte théâtralité, l’œuvre casse le quatrième mur et métaphorise le désir de passage, de mutation d’une communauté. Matière première d’une
1 mars 2020

Un petit délice théâtral

En programmant la pièce « Avec gratitude, je me délecte de votre thé », conçue par l’auteure et metteure en scène Hiroko Takai, la maison du Japon à Paris fait partager au public un moment tout à fait singulier, à la fois bref, drôle et doux, qui combine astucieusement plaisir théâtral, apprentissage
4 novembre 2019

Bacon : la chair crue et criante

Le Centre Pompidou consacre une exposition aux deux dernières décennies de Francis Bacon en présentant une riche production picturale couvrant la période 1971-1992, mise en relation avec les lectures électives du peintre. Eschyle, Nietzsche, Eliot, Leiris, Conrad, Bataille se proposent comme autant de figures inspiratrices et totalement révélatrices du penchant
16 septembre 2019