26 mai 2017

Dur Dur

Only one many
DD Dorvillier et Sébastien Roux

« Only one many » a le mérite (en est-ce un ?) de provoquer des réactions qu’on imagine peu tièdes : ou bien on adhère totalement à sa proposition postformelle (dans laquelle la forme n’est même plus support du sens) ou bien on est accablé de tant de sécheresse et de concept triste parce que ne renvoyant qu’à lui-même. « Créer quatre séquences autonomes de même durée : deux danses et deux musiques » dans lesquelles une séquence à la fois musicale et dansée n’est faite que d’un seul mouvement, tandis qu’une autre séquence est composée de mouvements chaque fois uniques. Les danseurs et la musique sont des atomes dont il s’agit d’étudier les combinaisons, les effets des uns sur les autres. Mais on voit le chimiste au-dessus de ses mélanges, à défaut d’assister à des unions organiques. Puisque « Only one many » n’offre rien d’un autre du concept, allons dans son sens : spectacle hégélien figurant la logique dialectique de tout devenir, dans lequel le mouvement commence comme identique à lui-même, puis procède par contradictions surmontées, jusqu’à la synthèse réunissant les mouvements antithétiques ? On a pas vu l’Aufhebung transformant la danse et le son en don et sance (sens) (on est plus à un jeu de mots conceptuel près). S’agit-il d’une exploration de la répétition elle-même comme « puissance de la différence » ? Ou bien d’une invitation socratique à convertir son regard vers les essences, par-delà les apparences sensibles : à contempler le mouvement/le son en soi ? On est reconnaissant à un spectacle de provoquer des surgissements philosophiques. Mais on aurait largement préféré être embarqué loin de chez soi par la force d’arrachement de ce qu’on voit, désarçonné par un art toujours en avance du concept, procédant par fulgurances immédiates, et non par arguments. Il y a trop de démonstration dans ce spectacle, parfaitement cohérent formellement mais dont on se demande ce qu’il nous dit du réel. On a beau voir des corps et entendre des sons, tout ça est bien phénoménal, donné dans l’expérience, c’est l’impression d’un spectacle désert en sensations qui domine. Dommage que les matériaux sensibles ne soient ici qu’instruments de la pensée.

I/O n°117

IO n°117

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