18 juillet 2017

I/O n°67 [édito] : Dis, quand reviendras-tu?

Petit détour métaphorique via Claude Louis-Combet ; toute ressemblance avec des personnes existantes pourra être considérée comme fortuite. Car après tout, ces jours-là ne furent pas très différents des autres jours. Depuis quelque temps, elle avait découvert que son cœur l’avait quittée. Elle s’en était aperçue certaines nuits estivales où, cherchant à s’endormir et ne pouvant trouver le sommeil, elle avait glissé sa main et avait senti à la place un grand vide où plus rien ne battait. Le précipité d’un désert. Un enclos d’absence et d’immobilité. Elle serrait sa main contre sa poitrine et sa poitrine ne répondait pas ; comme quand on veut s’emparer de quelque chose d’infiniment précieux et le retenir malgré lui. Mais elle s’apercevait alors qu’il n’y avait rien, qu’il n’y avait plus rien, qu’il n’y avait peut-être jamais rien eu. Et elle recommençait aussitôt, car une telle évidence est humainement insupportable. Elle avait passé toute la nuit et d’autres jours encore à quêter la présence de son cœur, et comme elle n’entendait plus aucun mouvement et que là d’où, jadis, montait toute la chaleur de sa vie, tout l’enthousiasme de la découverte, s’étendait une zone inerte, elle avait compris que son cœur l’avait quittée, qu’il l’avait abandonnée, qu’il s’était enfui, ailleurs, loin de son corps. Elle avait d’abord pensé à une absence. Mon cœur s’est éloigné, se disait-elle. Mais il me reviendra. Je suis sa base. Son fief. En exil, un seigneur ne reste pas longtemps un seigneur. Il lui faut revenir sur ses terres. C’est là qu’il règne. En elle toutefois, cette affirmation provoquait comme la présence de l’absence : il ne lui restait d’elle-même que le souvenir d’avoir eu un cœur et de l’avoir perdu. Puisse alors les chamans du beau, présents ces temps-ci sur ses terres, lui montrer la voie vers son cœur égaré. Puisse la puissance des mots et des idées lui donner l’envie et le courage de se battre à nouveau. Puisse la magie ancestrale des plateaux convertir l’aride en champs de fleurs, le presque-déjà-mort en toujours-de nouveau-vivant.

Marie Sorbier

Marie Sorbier

Rédactrice en chef de I/O
Fondatrice du journal et Directrice de la publication
Critique et journaliste sur France Culture

I/O n°117

IO n°117

ANNONCE

À LIRE

FACEBOOK

Derniers articles de Marie Sorbier

Bashar Murkus, le mal de père

Décidément, le festival d’Avignon 2025 a le mal de père. Et c’est le metteur en scène palestinien Bashar Murkus, directeur du théâtre de Haifa, programmé seulement trois fois en fin d’édition, qui met à jour, avec son spectacle « Yes Daddy », un fil cohérent de cette édition. A l’heure où le
25 juillet 2025

Marthaler prend de la hauteur

Soudain, six Suisses en tenues traditionnelles sont dans un chalet. Un monte-charge s’ouvre régulièrement pour apporter La Joconde ou des biscottes, tandis qu’un néon lynchéen grésille sous les poutres. Comme toujours chez le metteur en scène suisse-allemand, tout pourrait se résumer à une devinette pour laquelle l’auditoire attend, un sourire
15 juillet 2025

Ali Charhour, un écrin puissant pour les voix des femmes

Trois femmes puissantes. Ça sonne comme un titre de livre à succès, mais le spectacle que propose le chorégraphe libanais n’a rien du page-turner. Les projecteurs braqués sur le public éblouissent alors que tous les spectateurs cherchent encore leur place ; les yeux cramés par trop de lumière, il sera
8 juillet 2025

Tout simplement Brel

Peut-on danser sur les chansons de Brel ? Petits bijoux d’écriture, ces paroles, pensées pour être interprétées plein de sueur et de conviction, ont une place de choix dans le panthéon des amateurs de chanson à texte. Récits condensés d’images percutantes, ces courts-circuits efficaces s’inscrivent, par cœur, dans la mémoire collective
8 juillet 2025

« Les Incrédules » peinent à nous faire croire aux miracles

C’était pourtant un sujet alléchant. Que le théâtre s’empare du mystère des miracles et interroge ceux qui y croient – et ceux qui n’y croient pas – est une matière à spectacle qui promet. Le miracle, par essence indicible, serait-il plus tangible sur un plateau ? Pour le faire advenir, Samuel
7 juillet 2025