21 mars 2017

En puissance

La Beauté contemporaine
Yves-Noël Genod
DR

« Mais oui, à moi aussi, on a dit que les jeunes de vingt ans étaient géniaux ! » (Marie-Thérèse Allier, fondatrice-directrice de la Ménagerie de verre). Avec le regard documentaire d’un Van der Keuken, le drame d’une Sofia Coppola dans « Virgin Suicides », la sublimation de la puissance vitale d’un Larry Clark, Yves-Noël Genod glace les visages sublimes de la jeunesse contemporaine, les recouvre d’un halo comme Hitchcock sur Kim Novak et en fait des mythes. Sa mythologie à lui est résolument proustienne. Genod découpe, dans le garage de la Ménagerie, sur un néon aux couleurs changeantes, les silhouettes des jeunes filles en fleurs et des éphèbes de ce début de xxie siècle. Genod fait du lieu « théâtre » l’allégorie de la Jeunesse. Il ramène l’espace scénique à sa fonction de lieu de tous les possibles. Peut-être les choses vont-elles se faire, peut-être que non. Peut-être qu’il n’y aura personne, peut-être beaucoup de monde. Certains qui se trouveront au même moment dans un même espace ne se rencontreront peut-être pas. Une seule chose est sûre : il est si beau de regarder advenir ou ne pas advenir le monde, ce champ des possibles, ces microévénements, ces rencontres, ces idéologies en puissance. Cette troupe de jeunes gens qui n’ont rien à raconter ou bien tout, que l’on croise au travers d’une démonstration virtuose, ou bien dont on éprouve simplement la présence, nous place avec émotion face à ce que l’on pourrait peut-être. Dans ce spectacle, la beauté contemporaine dépasse les personnages. Elle se place aussi dans une esthétique générale, dans une manière d’associer ou de ne pas associer le corps, la musique, le texte, la lumière. La musique va se couper là. Pourquoi ? Parce que le sens qui en sort ne correspond pas au sens que l’on donne usuellement à une musique qui se coupe. On dirait une erreur, ou un hasard, et pourtant c’est beau. Mais alors pourquoi c’est beau ? Là, c’est trop long, cette scène. C’est trop long ? Parfait. Le spectacle semble progresser comme ça dans un affinement toujours plus précis de l’idée du beau contemporain.

Léa Malgouyres

Léa Malgouyres

Assistante de programmation pour le festival de performance londonien Block Universe, Léa Malgouyres a fait un parcours de conseil artistique et de production dans diverses institutions telles que le CENTQUATRE-PARIS, Les Rencontres chorégraphiques de Seine-Saint-Denis ou encore le Centre Pompidou. Elle est co-commissaire de Correspondance Astrale et a signé l'exposition "For now we see through" à Londres en octobre 2021. Par ailleurs, elle est correspondante pour Télérama.

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