22 juillet 2017

Ennui radical

La Route du Levant
Dominique Ziegler | Jean-Michel Van den Eeyden

De ce face à face entre un vieux flic alcoolique et un jeune homme soupçonné de radicalisation, on se demande encore ce que l’on n’avait pas déjà entendu, lu, ou vu dans la presse. Le texte semble être une compilation d’« Envoyé spécial » et de témoignages de livres Albin Michel – « Moi, revenu de Syrie » : ce n’est pas mal écrit, ce n’est seulement pas écrit. Aucun effort de mise en forme de la parole, d’élaboration à l’égard du réel, de souci de création. C’est une confrontation exactement comme on se l’imagine, aucune surprise de ce côté-là, dans laquelle les deux hommes s’opposent, partagent des moments de complicité, s’opposent à nouveau, jusqu’à un renversement final dont on doute encore de la pertinence (où la pulsion de mort du djihadiste contamine le flic, suggérant que la violence ne mène qu’à la violence). Direction d’acteurs irréprochable, parti pris « inclusif » de la mise en scène (le public est placé des deux côtés de la table d’interrogatoire). Rien à redire de cette pièce à valeur sans doute pédagogique, si ce n’est que ce choix du réalisme qui, en plus d’être paresseux, ennuie à mourir. De façon plus générale, il est peut-être venu, le temps de s’interroger sur la fonction du théâtre qui a fait du réel une profession de foi, au point que les textes ressemblent à des conversations de la vie de tous les jours, n’apportant ainsi, à l’égard de celle-ci, aucun effet de décalage et de questionnement.

Mariane de Douhet

Mariane de Douhet

Enseignante en philosophie au lycée, collaboratrice pour différents médias.

I/O n°117

IO n°117

PODCAST

Prochaine émission : 18/05/2026

Offre de stage

ANNONCE

À LIRE

Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Mariane de Douhet

Il est venu le temps de partir

Frollo extirpe une crotte de nez d’une chimère de Notre-Dame et la fourre dans sa bouche, beugle un c’est plein de protéines ponctué d’un gros rire gras. Tout est à l’avenant. Le sonneur de cloches et la bohémienne sont martyrisés dans cette mise en scène très patricksebastiengaze qui semble prendre
5 mai 2026

Pate patouille

« Mais !!!! Ce sont des enfants sur scène !!!! » Explosif étonnement sonore de mon assistante critique et d’un de ses copains, qui n’en reviennent pas de l’irruption de leurs semblables sur le grand plateau nu du Centquatre. Ce qui frappe, à bien y regarder, ce n’est pas tant que dix
1 mai 2026

Dunkerquiser le cirque

FANFARE (Experience) ÉLECTRIQUE fait au cirque ce que Dunkerque fait au carnaval : répandre, dans les formes établies, une énergie poiscailleuse et burlesque, franc-tireuse et braillarde, lacérant tous les numéros classiques du cirque (trapèze, monocycle, diabolo etc.) d’une bosse grosse dose d’unheimliche. C’est beau, bizarre et extrêmement joyeux. La troupe
25 mars 2026

L’évanescence des cailloux

Spectacle-haiku, inspiré d’un conte des frères Grimm, 3 plumes repose sur une épure : du vide, des plumes, des tentatives. Un petit garçon, Marcello, à la présence lunaire et silencieuse tente de retrouver ses chaussures qui se sont fait la malle ; de traverser un ruisseau, sur des cailloux en
4 mars 2026

Oliver Twerk

Entre l’expressionnisme tendre de Charlie Chaplin et les grimaces au grand angle de Caro et Jeunet, il y a un univers commun, burlesque, noir et humain qu’il me tarde de faire découvrir à mon assistante critique de 5 ans. Intuition que cette mise en scène très broadway d’Oliver Twist, ambiance
3 mars 2026