13 août 2017

Estivales 2017 au Théâtre du Peuple : entre tradition et renouvellement

Vincent Goethals
DR

La première fois que j’ai entendu parler du Théâtre du Peuple – Maurice Pottecher, c’était à Ottawa, en 2010. Un de mes professeurs, Tibor Egervari, avait été le directeur de cette institution entre 1972 et 1985. La plus grande particularité de ce théâtre était son emplacement – à Bussang, dans une immense forêt au milieu des Vosges -, mais plus particulièrement ses grandes portes de fond de scène qui s’ouvraient à chaque pièce, profitant de la nature majestueuse pour participer à la création de chaque nouvelle scénographie. En y arrivant cet été, sous la pluie et le vent, j’ai eu l’opportunité de voir cette construction en bois, ancienne, tout à fait remarquable, le gage d’un projet culturel pour le peuple, avec le peuple. La devise inscrite sur le fond de scène en est la preuve : « Par l’art pour l’humanité ». C’est une aventure théâtrale humaniste pour les villes et les communautés des alentours, créée pour et par eux. Il ne s’agit guère d’une institution élitiste, mais d’un espace où la voix des spectateurs se fait entendre ; et ceci, de façon littérale, avec la participation active des habitants de la ville dans toutes les activités relatives au théâtre.

Depuis la création du théâtre en 1895, chaque directeur artistique s’est donné comme mission de renouveler son répertoire, tout en gardant les traditions établies par Pottecher. Il s’agit d’un défi majeur, puisqu’il faut d’un côté préserver cette riche histoire (en mettant en scène plusieurs pièces de Pottecher, ainsi que les classiques de Molière ou Shakespeare) sans oublier les changements de la société actuelle et l’esprit de rénovation propre au théâtre. Et cette année, les Estivales 2017 – le festival le plus important de l’été pour Bussang – nous montre cette volonté de rassembler tradition et innovation.

Les deux pièces principales à l’affiche étaient le traditionnel spectacle de l’après-midi – qui inclut dans sa distribution une certaine quantité d’artistes amateurs – et puis un deuxième le soir, dont la distribution est entièrement composée par des comédiens professionnels. Pour 2017, sa dernière année dans le poste, le directeur artistique Vincent Goethals a choisi de faire une version d’une célèbre pièce de Georges Feydeau, « La Dame de Chez Maxime » (rebaptisée à l’occasion « La Dame de Chez Maxime… ou presque ! »), mais dans une adaptation signée Marie Claire Utz, mélangeant les mélodies légères d’Offenbach et d’autres personnages de l’univers de Feydeau. Le résultat est tout à fait réussi, malgré sa longue durée et quelques maladresses dramaturgiques (l’insertion de certains personnages d’autres pièces de Feydeau semblait arbitraire). Le travail des musiciens, ainsi que des comédiens est dévoué et énergique. La comédie apparaît dans chaque détail. Même si la météo s’avère calamiteuse – la pluie, le froid et le vent sont au rendez-vous cette journée du mois de juillet – la chaleur humaine et la bonne humeur assurent le succès de cette performance.

La pièce du soir vient affirmer l’esprit de rénovation du répertoire, avec un choix assez risqué : un texte d’un jeune auteur québécois, Steve Gagnon, « En dessous de vos corps, je trouverai ce qui est immense et qui ne s’arrête pas », une version contemporaine de Racine. Bien que le résultat s’avère un peu immature, comparé aux vers de Racine, les comédiens font de grands efforts pour s’approprier de l’univers de Gagnon, et malgré quelques problèmes de mise en scène, il faut reconnaître le courage de Goethals en choisissant des auteurs contemporains, dans un esprit de changement et de risque nécessaire à toute entreprise artistique.

À la fin, peu importe le résultat. Ce qui reste après cette longue journée de théâtre, c’est le courage, le travail et l’amour pour leur métier chez les membres de l’équipe du Théâtre du Peuple. Un travail que doit être préservé et admiré à sa juste valeur.

I/O n°118

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