4 septembre 2017

Le futur de l’art contemporain s’expose au Fresnoy

Panorama 19
Jean de Loisy
D.R.

Nous avons été invités à visiter l’impressionnant site du Fresnoy à Tourcoing, à l’occasion des 20 ans de cette école hors du commun et en prévision de la 19e édition de Panorama, exposition annuelle dédiée aux projets de ses élèves surdoués qui se tiendra du 23 septembre au 31 décembre prochains.

« Panorama 19 » se dévoile en vitrine sacrément bien léchée des savoir-faire et univers éclectiques de jeunes artistes internationaux impressionnants de maturité. Les spectateurs qui feront le déplacement auront la chance de déambuler dans la grande halle de cet ancien dancing des années folles transformé en vaisseau éclaireur de la création artistique, à la rencontre d’une cinquantaine de films et d’installations dynamiques faisant appel aux dernières technologies de pointe. Cette exposition est le fruit d’un long et complexe processus de création supervisé par des directeurs de recherche et chapeauté par un commissaire, cette année Jean de Loisy, en charge de synthétiser les désirs de grandeur des jeunes artistes.

En se promenant dans le dédale d’installations, de la petite à la grande nef, entre pénombre et lumière, le spectateur fera la rencontre de Tamar Hirschfeld, jeune Israëlienne fantasque et pétillante, proposant une immersion en réalité virtuelle dans la péninsule du Sinaï. Il s’arrêtera devant « Penelope factory », une drôle de machine ludique imaginée par Thomas Guillot, permettant de créer et recréer un film à l’infini grâce à soixante-quatre prises jack reliée à un écran hypnotisant et pétrifiant à la fois. Il pourra s’allonger quelques minutes pour écouter « La Timidité des arbres » d’Alexandre Guerre et s’arrêter devant « Bagua », la performance technique du Chinois Junkai Chen qui joue avec la matière numérique comme un musicien virtuose, créant des constellations mouvantes d’une poésie nouvelle. Venus des quatre coins du monde, les quarante-sept élèves-artistes du Fresnoy réunis en deux promotions partagent la même certitude de l’importance fondamentale de l’art dans la vie humaine et de la nécessité d’une culture étoffée  pour créer une oeuvre complète, honnête et originale. Nés entre 1981 et 1991, ces têtes bien faites forment une nouvelle génération d’artistes savants et exigeants, évoluant entre art et science grâce aux moyens impressionnants que l’école met à leur disposition. Studios de création photo et de création sonore, ateliers de menuiserie et de soudure, imprimante 3D et chambre noire sont occupés 365 jours par an par les pensionnaires du Fresnoy mais aussi les artistes invités et les projets extérieurs locataires de ces espaces professionnels d’une richesse rare. Vingt ans après sa création, le lieu est aujourd’hui un cœur qui bat, une entité à part entière, vivante, sociale et généreuse auprès des âmes créatives qui viennent y conduire leurs recherches ambitieuses et construire l’histoire de l’art contemporain.

Cette scientificité aiguë dans la recherche artistique est par ailleurs questionnée jusqu’au 10 septembre par l’exposition « Le Rêve des formes » au Palais de Tokyo, sous l’impulsion d’Alain Fleischer, fondateur et directeur du Fresnoy. Les plus curieux pourront également assister au colloque du Collège de France consacré au dialogue « entre l’imaginaire créatif et la recherche de la vérité scientifique », réunissant philosophes, historiens de l’art, physiciens et artistes de la scène et de l’image les 5, 6 et 7 septembre 2107.

Panorama 18 © Julien Guillery
Léa Coffineau

Léa Coffineau

Révoltée curieuse et exigeante, toujours à la découverte de nouveaux talent.

I/O n°117

IO n°117

ANNONCE

À LIRE

FACEBOOK

Derniers articles de Léa Coffineau

Les deux pieds dans la terre

Bouleversé par la lecture de la pièce de Michel Marc Bouchard, le comédien brésilien Armando Babaioff a conjuré son ami Rodrigo Portella d’en assurer la mise en scène. Grâce aux précieux éclairages de l’auteur, Babaioff a signé une traduction de « Tom à la ferme » – en portugais, « Tom na Fazenda »
5 juin 2018

La solitude des géants

Le performeur grec Euripides Laskaridis est un bâtisseur d’images. Son dada ? Les artifices. Il joue avec son corps comme il joue avec la scène, travestissant l’un autant qu’il métamorphose l’autre. Tout ce qu’il touche est prétexte au détournement et devient vecteur de son imaginaire débordant. Après le solo bouffonesque
2 juin 2018

Je priais Dieu pour qu’il me fasse croire en lui

Fruit de plusieurs années d’écriture, de ratures et de réécriture, « La Vie utile » ficelle les interrogations et angoisses existentialistes d’Evelyne de la Chenelière, artiste multiple et unique de la scène québécoise. Pour porter ce texte aux foules et lui donner chair, l’autrice a convoqué la metteure en scène Marie Brassard,
30 mai 2018

Vis ma vie de pauvre

Dans son infatigable quête de réalité, et avec pour objet de porter la vérité de son pays sur scène, le mexicain Gabino Rodriguez a abandonné sa condition d’artiste engagé, fier représentant de la classe moyenne intellectuelle, pour s’immerger six mois durant dans le quotidien d’un ouvrier payé au salaire minimum
30 mai 2018

Toi, tes poils et puis ta bouche

Cela fait déjà trois ans que Meg Stuart, ses danseurs et ses musiciens parcourent les scènes du monde avec cette fresque charnelle aux allures de trip sous acide. C’est qu’il y a quelque chose dans la danse de la chorégraphe américaine qui vient nous chercher, quelque chose de foncièrement humain
30 mai 2018