18 juillet 2017

Une si grande petite fille

Tristesse et joie dans la vie des girafes
Tiago Rodrigues | Thomas Quillardet
(c) Christophe RAYNAUD DE LAGE

Girafe, c’est une petite fille poussée trop vite, parce que malgré ses neuf ans seulement elle est plus grande que les autres, et aussi parce qu’elle a perdu sa maman. C’est qu’elle s’inquiète, Girafe, entre deux pages lues du dictionnaire qu’elle garde en souvenir pour son papa qui ne travaille pas. Parce qu’un papa qui n’arrive pas à faire ce qu’il faut pour mériter de l’argent, ça donne une petite fille privée de Discovery Channel, et ça, c’est intolérable. Alors Girafe, main dans la main avec Judy Garland, se lance dans une croisade pour réparer cette injustice.

Avouons-le tout de suite : on aurait adoré être une enfant comme Girafe. Ou, au moins, l’avoir comme meilleure amie. Girafe, c’est une superhéroïne de l’enfance, toujours épaulée par son meilleur copain, Judy Garland, un ourson dépressif et suicidaire qui jure comme un charretier. C’est dire si le texte de Tiago Rodrigues, magnifiquement traduit par Thomas Quillardet lui-même, était casse-gueule. Une petite fille et un ours, incarnés par une comédienne adulte et un comédien en babygros à oreilles, voilà qui, sur le papier, aurait pu nous donner des frissons d’angoisse. Il faut dire qu’on en a vu, du théâtre jeune public pas ou mal adapté aux plus grands. Et soudain, deux miracles.

Les miracles, ce sont les entrées successives sur scène de Maloue Fourdrinier et de Christophe Garcia. Rarement on aura vu un duo fonctionner aussi bien que le leur, mettant d’accord les enfants, hilares devant les chapelets de gros mots de l’ours mal léché, et les adultes, dont les souvenirs d’enfance ressurgissent, un peu réarrangés parce qu’on aura beau ne pas vouloir l’admettre, nous avons tous été des enfants beaucoup moins cool que Girafe, lorsque celle-ci décide qu’il est temps de grandir. Maloue Fourdrinier est Girafe, cette aventurière qui conquiert le monde à coups de Post-it, cette enfant si grande et si petite à la fois, sans jamais céder à la facilité de la caricature mais en lui insufflant toute la poésie du monde.

Thomas Quillardet est un créateur d’images. Son « Tristesse et joie dans la vie des girafes » nous en laissera non pas une, ce qui est déjà rare dans une époque où la création théâtrale est frileuse et facile, mais deux, ce qui est inespérée. La première réside dans la poésie de ce père qui, en ombre chinoise, tente de continuer à faire vivre la mère dans sa mémoire et dans celle de leur fille. Ce père dépassé, ce père que Girafe fuit pour mieux le retrouver. La deuxième, c’est l’image finale, celle de Girafe enfin libérée, que nous ne révélerons pas pour ne pas gâcher le plaisir du spectateur.

Terminons par ces mots : « Tristesse et joie dans la vie des girafes » est un grand texte, et la mise en scène de Thomas Quillardet se révèle à la hauteur. Voici un spectacle en apparence de bric et de broc, une ode à l’enfance retrouvée, une pièce qui a un cœur et qui a conquis le nôtre. Vite, vite, que cette équipe nous propose d’autres spectacles, nous voulons rêver encore un peu.

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