17 avril 2017

Histoire d’une douleur éternelle

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Giulio d'Anna
© DR

Deuxième spectacle invité sur la scène du festival Chantiers d’Europe pour le chorégraphe italien installé aux Pays-Bas Giulio D’Anna. Deuxième spectacle et, toujours, l’intime au cœur de ses gestes pensés, auxquels donnent vie ses huit performeurs. Mais après les relations père-fils, sondées dans « Parkin’son » en 2013, la famille laisse place à l’amour, au couple et à ses désillusions dans « OOOOOOO ». C’est donc à un plateau vide que se trouve confronté le spectateur. Un plateau vide que peu à peu emplissent la lumière et la musique d’un piano noir, mais surtout les gestes et hurlements de ceux chez qui aimer n’a rien laissé d’autre sur les lèvres que le goût âpre des illusions quand elles sont déçues. Alors peut débuter le rituel funéraire et vital de la résurrection de l’homme au milieu de ses amours mortes, quand d’une simple note apparaît la lumière du désespoir partagé par tous les meurtris. Car de l’individualité inhibante inhérente à l’abyssale tristesse dans laquelle plongent tous ceux qui sont persuadés de l’unicité de leur histoire, Giulio D’Anna et ses danseurs semblent nous dire qu’il ne sera possible de s’en sortir qu’avec le concours des autres. De l’ami, et des hommes, qui tous feront croire à la possibilité d’une autre histoire. D’un autre amour. C’est ainsi que les corps, pour ainsi dire nus mais jamais sexuels, se chevauchent, s’étalent et s’abîment pour mieux constituer chacun une partie de la passerelle qui permettra à l’autre de remonter du fond de sa tristesse vers le rivage de la résilience. Et si le chant qui accompagne les mouvements apparaît superflu tant la douleur universelle des gestes suffit à délier le langage des âmes, une humanité nécessaire et véritable émane cependant des images créées par le chorégraphe. Reste alors à se demander si cette résilience solaire qu’il nous donne à voir peut trouver dans nos vies une matière approchant de la vérité. À cette question, la vision de l’errance de ces âmes convalescentes qui se frappent et hurlent à qui veut les croire qu’elles se foutent de la peine endurée ne permet malheureusement pas de répondre positivement. C’est bien du goudron des peines et des douleurs dont est fait ce spectacle. Malgré les croyances. Malgré l’espoir. Malgré tout.

Jean-Christophe Brianchon

Jean-Christophe Brianchon

Journaliste à France Culture, Grazia, Théâtre(s) Magazine.

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