4 octobre 2017

I/O n° 70 [édito] : H

Rimbaud nous invite à trouver Hortense. On veut bien, mais par où commencer à chercher ? Bien sûr il y a la MC93 – trop facile. À moins qu’il s’agisse non pas de « H » mais de la « Hache » de Feydeau, aux Amandiers ? Au diable les calembours ! L’été finissant nous a laissés affligés dans cette impasse déroutante, et voilà que surgit le Festival d’automne. Lui doit savoir ! Reste à l’explorer. Hortense est-elle une quatrième sœur tchékhovienne à l’Odéon ? La trouve-t-on en compagnie de l’un des avatars de Jérôme Bel, Shiva de cette 46e édition du festival ? Gestes atroces pour les uns, voie du salut pour les autres. Certains d’entre nous se rendent jusqu’à Bois-le-Duc ou Ravenne pour y découvrir la moralité des êtres actuels (pour savoir ce qu’il en est, lisez nos reportages). D’autres, en compagnie de Fanny de Chaillé, surveillent l’enfance, avec un succès tout relatif. Ou cherchent du côté de la pitié dangereuse du Hofmiller de Zweig et McBurney. Faut-il imaginer Hortense triste ? Pas en tout cas dans le stade d’El Khatib, démonstration exubérante de l’hygiène des races. On parle d’esprit, mais on veut la chair, aussi. Or, de mécanique érotique, où en est-il question ? Pas vraiment dans le « Red » de Wen Hui (mais de sol sanglant, oui). Chez Gerard et Kelly, on le confirme, il s’agit de dynamique amoureuse, et que ne donnerait-on pas pour ce terrible frisson des amours novices ! C’est bien à ces préliminaires que mène cette nouvelle édition de I/O dédiée au Festival d’automne de Paris. Les feuilles mortes se ramassent à la pelle et les regrets aussi. Parfois, regret d’avoir manqué tel spectacle (souvent, regret d’avoir concédé sa venue à tel autre). Avouons : il n’y a rien de moins satisfait qu’un critique de théâtre. Lassitude. Heureusement, notre quête n’a pas de fin, et avec elle les petites épiphanies du spectateur contemporain : puissent les frissons futurs être la bombe d’hydrogène clarteux débouchant nos pores englués par la réalité grise ! Élégant espoir, éphémère, prodigué par la recherche de « H »… Et alors il nous sera loisible de posséder la vérité dans une âme et un corps.

Mathias Daval

Mathias Daval

Journaliste depuis 2001, lauréat de la bourse du CNT en 2014, cofondateur de I/O et éditeur pour le Theatre Times, membre de la Fédération des critiques de la presse française. Il est également game designer et chargé de cours en master de journalisme culturel à l'université de Paris 3 Sorbonne-Nouvelle depuis 2020.

I/O n°117

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