26 janvier 2017

Irina Brook, entre mer et terre

Lampedusa Beach, suivi de Terre noire
Lina Prosa | Stefano Massini | Irina Brook
Terre Noire ©Jean-Claude-Fraicher

« Théâtre politique : il est de retour ! » titrait à l’automne le magazine « théâtre(s) ». Malgré le débat de sens qui consume les universitaires depuis de longues années déjà, il ne fait aucun doute qu’Irina Brook s’inscrit dans la veine de ces artistes dits « engagés ». À la tête du Théâtre national de Nice, elle a en effet entrepris de faire bouger les lignes : rajeunissement et diversification du public, collaboration étroite avec les associations locales, programmation de pièces d’actualité, création de sa compagnie d’action culturelle Les Éclaireurs, etc. Ce samedi 14 janvier, la soirée reflétait donc son engagement politique en faveur des migrants et de l’environnement à travers deux textes d’auteurs italiens.

« Lampedusa Beach », monologue puissant écrit par Lina Prosa en 2007, raconte l’exil d’une jeune femme d’Afrique jusqu’au fond de la mer, dans le détroit en face de Lampedusa. Le texte trouve dans la voix de Romane Bohringer des accents particulièrement dramatiques au regard des ressorts comiques qu’il contient. Cela sert-il le propos ? Rien n’est moins sûr. La comédienne explore en tout cas une facette plus réaliste du texte, et sa sincérité palpable ne trompe pas. Son récit oscille entre la confession du sage ayant arraché un secret au monde et les histoires fantastiques du griot, c’est émouvant.

Commandé en 2016 à Stefano Massini, connu pour son goût des fables politiques, « Terre noire » met en scène un couple d’agriculteurs en proie aux démons du capitalisme. L’impatience y est soumise aux entourloupes et à la corruption, tandis que la dénonciation de l’industrie pétrochimique accompagne celle de la bassesse humaine. Aussi nécessiteux qu’émerveillé par les pouvoirs de l’argent, le couple laisse le piège se refermer sur lui jusqu’à ce que mort s’ensuive. C’est en effet un terrible constat qui ouvre la pièce, projeté en grandes lettres sur le mur de scène : « Plus de 250 000 suicides d’agriculteurs indiens ont eu lieu depuis 1995 pour cause d’endettement. » Ce qui suit n’en est malheureusement que la simple illustration. Rythmée par une mélodie légère semblable à celle que diffusent les Game Boy, l’intrigue ressemble davantage à un schéma pédagogique qu’à un manifeste artistique. Resteront néanmoins en mémoire de fortes images, comme celle du champ de cannes à sucre dénaturé par les déchets que l’on aperçoit en filigrane derrière un voile de tulle.

I/O n°117

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