23 février 2017

La danse en résonance

Sympathetic Magic
Eric Lamoureux | Héla Fattoumi | Peter Von Poehl
© Laurent Philippe

Après un premier concert dansé en 2013, passé par la Philharmonie de Paris et la pièce chorégraphique « Waves », créée en 2014, le duo inséparable formé par Héla Fattoumi et Éric Lamoureux présente sa troisième collaboration avec le musicien suédois Peter von Poehl. Si la partition musicale de « Waves », actuellement en tournée, a été commandée pour accompagner les danseurs, « Sympathetic Magic » propose le challenge inverse. Les nouveaux directeurs du Centre chorégraphique national de Belfort, baptisé « ViaDanse » depuis leur arrivée, relèvent le défi d’escorter les morceaux de « Sympathetic Magic », dernier album de von Poehl. Le chanteur-compositeur, Parisien d’adoption, quitte la pop folk héritée de Nick Drake pour un glam rock progressif aux sonorités planantes rappelant les jeunes années de Bowie. Rien d’étonnant donc à ce que Lamoureux ouvre la danse avec un jeu de jambes digne de Mick Jagger. Les deux comparses évoluent à pas de velours autour des musiciens, balisant la scène de petites veilleuses pour mieux se rejoindre et tourbillonner dans l’obscurité. Chaque chanson appelle une nouvelle proposition dansée. Le public est d’abord désarçonné par cette forme hybride, n’ose pas applaudir, se penche en avant comme pour mieux comprendre. Mais c’est qu’il n’y a peut-être rien à tirer de lisible, rien à intellectualiser dans ce que proposent Héla Fattoumi et Éric Lamoureux. Ils cherchent à illustrer les notes et les ondes, multiplient les tentatives plastiques à l’aide de jeux de lumière et de vidéoprojecteurs mobiles, dessinent et colorient des débuts d’univers comme autant de clips éphémères. Le dialogue entre l’espace des danseurs et celui des musiciens est à l’occasion obscur, un peu bancal, parfois périlleux. Mais le charme de « Sympathetic Magic » se trouve là, dans cette naïveté curieuse qui essaie avec humilité, explore les possibles, comme le faisait le rock des années 1970.

Léa Coffineau

Léa Coffineau

Révoltée curieuse et exigeante, toujours à la découverte de nouveaux talent.

I/O n°117

IO n°117

ANNONCE

À LIRE

CND
Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Léa Coffineau

Les deux pieds dans la terre

Bouleversé par la lecture de la pièce de Michel Marc Bouchard, le comédien brésilien Armando Babaioff a conjuré son ami Rodrigo Portella d’en assurer la mise en scène. Grâce aux précieux éclairages de l’auteur, Babaioff a signé une traduction de « Tom à la ferme » – en portugais, « Tom na Fazenda »
5 juin 2018

La solitude des géants

Le performeur grec Euripides Laskaridis est un bâtisseur d’images. Son dada ? Les artifices. Il joue avec son corps comme il joue avec la scène, travestissant l’un autant qu’il métamorphose l’autre. Tout ce qu’il touche est prétexte au détournement et devient vecteur de son imaginaire débordant. Après le solo bouffonesque
2 juin 2018

Je priais Dieu pour qu’il me fasse croire en lui

Fruit de plusieurs années d’écriture, de ratures et de réécriture, « La Vie utile » ficelle les interrogations et angoisses existentialistes d’Evelyne de la Chenelière, artiste multiple et unique de la scène québécoise. Pour porter ce texte aux foules et lui donner chair, l’autrice a convoqué la metteure en scène Marie Brassard,
30 mai 2018

Vis ma vie de pauvre

Dans son infatigable quête de réalité, et avec pour objet de porter la vérité de son pays sur scène, le mexicain Gabino Rodriguez a abandonné sa condition d’artiste engagé, fier représentant de la classe moyenne intellectuelle, pour s’immerger six mois durant dans le quotidien d’un ouvrier payé au salaire minimum
30 mai 2018

Toi, tes poils et puis ta bouche

Cela fait déjà trois ans que Meg Stuart, ses danseurs et ses musiciens parcourent les scènes du monde avec cette fresque charnelle aux allures de trip sous acide. C’est qu’il y a quelque chose dans la danse de la chorégraphe américaine qui vient nous chercher, quelque chose de foncièrement humain
30 mai 2018