9 mars 2017
par

Le pantin funambule

Petit Théâtre de gestes
Bêtes de foire | Elsa De Witte | Laurent Cabrol

Pourquoi frissonne-t-on face à un homme sur un fil ? Jean Genet, dans « Le Funambule », parle du désir d’une chair en danger. La peur et la fascination d’une chute tellement proche, le désir de voir le surhumain, le brave-la-mort. Mais si le funambule est une marionnette ? Si son corps est en fil de fer et en carton, si son monocycle tient par un contrepoids, s’il n’a aucune chance de tomber et, après tout, ne glisse qu’à un mètre cinquante du sol ? Alors personne ne brave la mort ! Pourquoi reste-t-on hypnotisé, bouche ouverte devant le pantin funambule du Petit Théâtre de gestes ?

C’est une drôle d’expérience que nous propose la compagnie Bêtes de foire. Ils sont trois sur scène, un homme, une femme et un caniche. Ils sont plutôt vilains, pas très accueillants, ils semblent s’excuser d’être sur scène, font de fausses entrées. Tout est petit, vieux, rapiécé. On ne s’élève jamais, on se rapproche du sol, seules les marionnettes voltigent et on jongle avec des chapeaux. Cependant la petitesse de leurs gestes n’empêche pas la virtuosité. C’est un vrai cirque mais c’est un cirque de grenier, le spectacle auquel auraient pu aboutir deux cousins jouant ensemble depuis trop longtemps dans les affaires de leurs grands-parents. Ce spectacle du minuscule lave nos yeux et nos oreilles habitués aux montages épileptiques et aux mélodies zimmeriennes. Finalement, peut-être que si on frissonne face au pantin funambule c’est simplement parce que ce monde du minuscule est proche de nous. Ce petit cirque cherche à s’élever, même juste un peu. Et quand le funambule de carton s’avance à la fin du numéro avec ses yeux bandés, c’est pour nous-même que nous tremblons.

I/O n°117

IO n°117

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