12 juillet 2017

Quand l’esprit des trolls numériques gangrène le théâtre

Pourquoi les filles en font toujours des tonnes quand elles dansent ?
Adeline Messiaen
(c) DR

Rares sont les spectacles qui provoquent une irritation qui, loin de s’apaiser à mesure que la représentation s’éloigne, ne fait que grandir à chaque fois que ladite représentation nous revient en mémoire. Dieu sait, pourtant, qu’on aimerait réussir à oublier ce qu’on nous a infligé pendant un peu plus d’une heure.

Certes, on ne s’attendait pas à grand chose, mais on espérait secrètement tomber sur une de ces pièces agréablement distrayantes quoique facilement oubliables, une sorte de plaisir coupable du vendredi soir, une comédie facile pour filles qui aurait participé, ce que laissait penser son titre, à la Katherine-Pancolisation du monde. Nous avons été bien naïfs.

Que la pièce soit mal jouée, passe encore. Qu’elle soit mal écrite aussi, on peut toujours être indulgent avec les blagues faciles. On aurait, d’ailleurs, probablement été indulgents sans les cinq dernières minutes. Ces cinq dernières minutes qui nous ont fait passer de la compassion à l’ahurissement le plus total, ahurissement d’autant plus fort que la pièce a été écrite par une femme.

Personne n’est obligé de faire du théâtre militant, et on préférera une comédie bien faite à un pensum qui enfoncerait des portes ouvertes. On veut bien, même, faire l’effort de revenir sur notre idée que toute prise de parole en public est de facto politique. Mais vouloir faire rire et, pire encore, vouloir émouvoir, en faisant passer un harceleur pour un brave garçon un peu paumé, voilà qui est non seulement malhonnête mais irresponsable.

Audrey Santacroce

Audrey Santacroce

Rédactrice culturelle.

I/O n°117

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