11 juillet 2017

Made in Taïwan

Taïwan in Avignon

On sait où les trouver. Depuis 2007, le ministère de la Culture de Taïwan organise la venue de plusieurs compagnies pour donner une visibilité internationale à la vitalité des scènes taïwanaises. Et c’est dans la salle mythique de la Condition des soies que l’on aime découvrir ces étranges propositions venus de si loin qui amènent le regard des festivaliers dans des contrées mentales et esthétiques non explorées aux frontières artistiques non définies. «  C’est aussi du cirque, de la danse, du théâtre sans mot ; mais c’est surtout un enchaînement de ready-made. » Baboo Liao, le metteur en scène de « How long is now ? » présente une forme totalement absurde, peuplée d’objets de supermarché et de sept corps athlétiques qui cherchent à les apprivoiser. On tente alors de presser une orange à la force du dos ou de se construire un édifice de boîte de sardines ou encore de jouer à cache-cache avec des seaux à serpillière pendant que l’un d’entre eux dort sur un coussin de pain de mie. Il ne faudrait pas s’y tromper ; pas de galéjades au programme mais une solennité constante dans cette suite d’expérimentations anti-performatives. Le spectaculaire n’est pas dans l’adresse admirable de cette troupe circassienne mais dans son approche délicate et distanciée de notre rapport aux objets qui peuplent le quotidien comme un coup de balai aux conventions des genres. Comment expliquer alors la décision discutable de la nouvelle directrice du lieu de censurer le visuel de leur affiche ? Mystère ; mais vous ne verrez donc pas ces jambes nues hérissées de ventouses qui siéent pourtant parfaitement à la fraîcheur amère de leur univers. Changement radical de forme avec « As Four Step » happening chorégraphique pour quatre danseurs qui revisite avec une force mystique et une esthétique épurée les danses traditionnelles de l’ethnie Païwan. Dramaturgiquement pensé pour accompagner le public vers un état de méditation festive, c’est avec la puissance tribale des corps, l’émotion des voix et l’acuité requise par la pénombre que cette « danse des 4 pas » fascine. Un îlot de grâce. Ces Taïwanais offrent ainsi aux festivaliers un joli cadeau ; comme dans « Le Jardin de M. Ruraru », spectacle de marionnettes où l’on accompagne les enfants avec délectation, la foi dans la poésie et la magie du plateau transforment sous nos yeux les bouts de bois en crocodile. Le made in Taïwan se révèle d’une qualité surprenante.

Marie Sorbier

Marie Sorbier

Fondatrice et rédactrice en chef de I/O.
Critique et journaliste sur France Culture.

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