4 novembre 2017

Le malade ré-imaginé

Le malade imaginaire
Molière | Michel Didym
© Eric Didym

Il n’y a pas plus grand bonheur que de voir un classique du théâtre célébré avec soin, intelligence et talent. Classique comique, qui plus est, avec ses risques de décalages, de lourdeurs et de lenteurs. Sous la houlette de Michel Didym, le « Malade Imaginaire », ses lubies, ses farces et ses accents moraux reprennent vie sous les rires francs et répétés d’un public conquis.

La distribution dépasse toutes les attentes : André Marcon est absolument parfait dans le rôle titre avec, pour l’entourer, des talents à foison, entre la géniale Norah Krief qui porte très haut le rôle difficile de Toinette, le couple Cléante (Barthélémy Meridjen) et Angélique (Jeanne Lepers) délicieux ainsi que le délirant Bruno Ricci, qui donne notamment vie à un Thomas Diafoirus irrésistible. Les autres ne sont pas en reste, avec un père médecin (Jean-Marie Frin) et une belle-mère (Catherine Matisse) tout à fait convaincants, un frère tendre et touchant (Jean-Claude Durand), sans oublier Lou Vilgard-Nizard dans le rôle de la cadette, qui remplit son rôle avec la plus grande application, donnant naissance à un duo drôle et tendre en compagnie d’Argan, son père.

Cette recréation est à l’image de cette figure double : un vieux Molière, (trop) bien connu, rendu à sa première jeunesse. Un élan remarquable de fraîcheur qui ne se départit jamais d’un travail acharné sur l’architecture globale de l’œuvre jusque dans ses moindres détails. Le rythme de chaque scène, leur enchaînement et la musicalité des échanges témoignent d’un travail très fin, avec des partis-pris louables, tant vis-à-vis de la mise en scène en général que de l’étude psychologique des personnages. Le couple de jeunes premiers, en particulier, trouve un très bel éclat, entre maladresse de l’âge et vérité des sentiments, oscillant avec justesse du sentimentalisme larmoyant à la fougue, avec des passages chantés intelligemment construits. La foule des personnages se relance habilement la balle et l’équilibre des tons et des timbres se fait alors très naturellement.

Un Molière de premier choix, qui nourrit une belle part d’imaginaire, dépoussiérant des fantasmes d’époque et les entremêlant aux nôtres. On y retrouve notre latin : le goût familier et rassurant du maître français, travaillé par une énergie généreuse servie par des talents de tous âges.

Lola Salem

Lola Salem

Lola Salem entretient très tôt un rapport privilégié à la scène : d’abord en tant que jeune artiste, puis en tant qu’élève normalienne.
Diplômée d'un master de musicologie et de philosophie, ses travaux de recherche portent en particulier sur la dramaturgie de l'opéra baroque (son histoire et ses évolutions pratiques et esthétiques) ainsi que sur les actrices lyriques et les rôles qui leurs sont associés aux XVIIe et XVIIIe siècles. Elle est aujourd'hui doctorante à l'Université d'Oxford (St John's college).
Son penchant pour la création contemporaine est né de sa formation musicale pratique (Maîtrise de Radio France, chœurs semi-professionnels, conservatoires) et de ses engagements associatifs pour la jeune création théâtrale (Enscène).

Autrice pour I/O Gazette depuis février 2016, Lola Salem s'est rendue dans de nombreux festivals à travers la France et l'Europe et attend désormais religieusement le mois de juillet.

I/O n°118

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