11 mai 2017

Oslo en sweet and soft

Ce qui est fascinant dans l’Oslo Internasjonale Teaterfestival, c’est la cohérence de la programmation concoctée par la nouvelle directrice du Black Box teater, Anne-Cécile Sibué. Temps fort du printemps culturel de la capitale norvégienne depuis 2013, ce rendez-vous de la performance rassemble des artistes de différentes générations venus du monde entier. Mais soyons précis, il ne s’agit pas ici de tentatives performatives douteuses comme il est fréquent désormais d’en croiser çà ou là, mais de projets artistiques qui interrogent le fond comme la forme et qui, même s’ils peuvent diviser, suscitent l’intérêt voire l’adhésion. Les noms connus côtoient les autres pendant dix jours, et ensemble ils deviennent un maillage sensible d’expériences et de (nouvelles) formes de spectacle vivant. L’édition 2017 a été empreinte d’une poésie du quotidien, en douceur, sans heurts ni fracas mais avec de la pensée en action, les artistes présents ayant choisi l’émotion comme matière première de leur travail.

Et pour entrer dans cette matière, rien de mieux que ce solo de Marten Spangberg, « Digital Technology », où l’artiste suédois invite le public à une promenade fragile, suspendue à des mouvements intimes dans un espace ouvert aux possibles et à l’improvisation. Les objets posés au sol attendent leur moment. Le chaman à nu a en effet le pouvoir de réactiver ce qui semble atone, et par son passage à leurs côtés les verres s’animent, la peinture se colore et colore, les Mars repartent à l’attaque et les raquettes retrouvent les semelles des tennis. Des chansons fredonnées et de la poésie tendre donc, incarnées par un homme livré et empathique qui ne demande finalement rien d’autre que de profiter de l’humanité à l’écoute pour partager une glace en silence.

Mais la palme du partage revient incontestablement au trio d’artistes-chercheurs Pablo Castilla, Niko Hafkenscheid et Hedvig Biong, qui ont choisi l’utopie de la vacance comme champ exploratoire. Pour créer « Songs From a Valley of Love and Delight », ils ont interrogé des retraités partis en Espagne trouver le soleil et le repos à perpétuité. De ces témoignages, qui passent de la composition du buffet à volonté aux bienfaits de la chaleur et des fleurs sur le moral, ils ont fait des chansons que chacun des intéressés vient interpréter sur le plateau. Le résultat est d’une candeur désarmante. Le genre de prestation dont la beauté sans fard envoûte le spectateur, fait monter les larmes et les sourires, laisse un souvenir nostalgique et donne envie de prendre dans ses bras tant ses voisins de banc que ces acteurs d’un soir.

Un festival, ce festival, pour sûr, l’année prochaine nous y serons et nous vous conseillons joyeusement d’y venir aussi.

Marie Sorbier

Marie Sorbier

Rédactrice en chef de I/O
Fondatrice du journal et Directrice de la publication
Critique et journaliste sur France Culture

I/O n°117

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