Vouloir monter « Le Quatrième Mur » sur une scène, c’est choisir de mettre en images ce livre qui veut faire du théâtre l’arme de tous les possibles. C’est raconter la puissance de cet art qui en lui-même contiendrait la possibilité de « s’élever tout entier contre la guerre… de proposer l’inconcevable », comme c’est dit dans la pièce. C’est une profession de foi, donc. Une gageure, tant la tentative ne peut souffrir l’échec. Pour ce faire, Julien Bouffier use de tous les artefacts du théâtre contemporain, mais surtout de tous les niveaux de discours. Pourquoi ? Certainement pour démontrer la certitude qu’il a de la capacité du théâtre à tout englober : la littérature, le cinéma et l’histoire, mais aussi toutes nos vies. Alors des images, beaucoup, du texte, énormément, et des temporalités diverses, qui s’entremêlent. À certains instants, cela fonctionne et un message passe qui fait du geste de cette troupe une tentative éminemment touchante et utile. « Je suis là pour autre chose que pour comprendre. Je suis là pour vous dire “nous”. Et pour mourir », nous dit Iman, et avec elle toute l’histoire du théâtre et de ces gens qui seuls se sont battus face à la capacité d’autodestruction des hommes. Ici, le théâtre est, et la pièce existe pour ce que son metteur en scène voudrait qu’elle soit. Pour autant, le reste du temps, le dispositif enferme l’œuvre et démontre l’inverse de ce que Julien Bouffier semble vouloir nous dire. Quand Vanessa Liautey termine la pièce écrasée par l’écran du réel et fracassée par l’expérience de la guerre, on ne peut s’empêcher de penser que c’est avec elle le théâtre qui étouffe, malgré tous les gestes et les tentatives qu’il fait pour survivre à l’impossible. À lire le livre et à voir que seule la mort y est présentée comme possibilité de supporter nos blessures, on se demande bien alors quelle pourrait être la porte de sortie de cet art qui semble bien incapable face à l’horreur réelle du monde dans lequel il se débat.
13 janvier 2017
Profession de foi
Derniers articles de Jean-Christophe Brianchon
Nostalgie contemporaine
Imprégné par l’œuvre de la chanteuse égyptienne Oum Kalthoum, Fouad Boussouf s’empare de son œuvre pour la marier à celle d’une autre figure du monde arabe, le poète Omar Khayyam. Et c’est la fin d’un cycle. Avec ce spectacle, le chorégraphe et danseur d’origine marocaine termine une trilogie qu’il débutait
26 février 2020
Le tableau d’une génération
Porté par son histoire et inspiré par une toile du Musée d’Orsay, le rappeur Abd al Malik amène à la scène le récit d’un jeune homme noir du 21e siècle. Attention, affiche ! Sur le plateau, c’est avant tout la rencontre de trois grands noms : le rappeur Abd al
26 février 2020
Ombre sensuelle
Créé en octobre 2019 à L’Echangeur CDCN des Hauts-de-France, « Beloved Shadows » est le deuxième solo de Nach. Une expérience qui nous invite à faire histoire du corps et des désirs qui l’accompagnent. Une première image, fascinante : un dos. Un dos et ses muscles, anguleux, mouvants, désirables. Du
24 février 2020
Encore un instant
Deux panneaux, un néon et de la fumée. Trois éléments au centre de ce dispositif de Philippe Saire, quatrième volet d’une série de pièces dans lesquelles le chorégraphe appelle au dialogue des arts visuels avec la danse. Deux panneaux disposés en oblique, prêts à se rejoindre, mais qui laissent entre
24 février 2020
Histoire de nos corps
Nos corps comme des livres. Des livres dont Aina Alegre nous fait la lecture, une heure durant. Sur le plateau : trois corps. Torses nus, habillés de pantalons noirs, ils vont se mouvoir et s’écrire progressivement dans les méandres d’une nature fantasmatique que la scénographie de James Brandily nous enjoint
24 février 2020




