4 octobre 2017

Ravenna Festival

C’est un festival qui dure presque deux mois, mais peu importe. Peu importe, puisque de toute façon les horloges sembleront s’arrêter le temps de votre venue dans les rues de Ravenne pour assister aux représentations de cet événement musical fondé par Cristina Muti dont nous célébrions cette année la 28e édition.

Car imaginez seulement : nous sommes début juin, dans le nord de l’Italie, et vous vous promenez dans les rues de Ravenne, au cœur de l’Émilie-Romagne. La température, idéale, oscille entre 25 et 30 degrés. Juste assez pour profiter pleinement de la fraîcheur qui émane des carreaux de mosaïque qui recouvrent la nef de la basilique Saint-Apollinaire-le-Neuf. En sortant du Ca’de Ven, après y avoir profité de ce qui vous semblera à coup sûr avoir été un des déjeuners les plus inoubliables de votre vie, vous marchez dans ces rues traversées par le sommeil juste de ces villes fortes d’une histoire qu’elles ont faite sans en être spectatrices. Devant vos yeux, alors, les vestiges du temps s’alignent, et l’histoire de l’Occident s’affiche : les Sénons de Cisalpine semblent être partis la veille, quand l’exarchat byzantin paraît tout juste s’éteindre. Puis, du silence s’échappe une musique : celle d’une fugue de Bach. Comme une injonction à fuir le présent pour s’engouffrer pleinement dans l’intemporalité des murs de cette ville.

C’est cela, le festival de Ravenne.

C’est la possibilité donnée aux touristes de passage et aux amoureux de se retrouver chaque année dans les rues méconnues d’une ville traversée par le monde et pourtant largement classée au Patrimoine mondial de l’Unesco. C’est la possibilité, aussi, d’écouter dans le cadre somptueux de ces bâtiments du ve siècle certains des musiciens les plus doués de leur génération interpréter des morceaux d’histoire de l’art. Et c’est, en fin de compte, la possibilité donnée à tous d’oublier le tumulte et de s’offrir un instant d’éternité, quand Gabriele Balzerano entame les premières notes de Weiss sous la coupole de la basilique San Vitale, et s’engouffre au travers des portes du Paradis que Dante ouvrait il y a sept cents ans dans les rues de cette même ville, où son tombeau se trouve d’ailleurs. Comme si le hasard n’existait pas. Que cet espace du monde lui avait fait un sort.

Et puis, parce que « l’éternité c’est long, surtout vers la fin », il faudra bien vous en aller et quitter ce festival. Mais comme il ne faut jamais refuser le plaisir quand il s’offre à soi, alors n’hésitez pas : à cette même période de l’année et à une heure d’avion a lieu le Festival du théâtre grec de Syracuse. L’occasion d’écouter les tragédies du monde dans un théâtre vieux de trois mille ans, face à la mer. Avant de partir pour Venise, où débutera la Biennale de théâtre. Un instant supplémentaire qui démontre que, parfois, il arrive que les planètes s’alignent pour faire mentir le réel et hurler la beauté du monde à ceux qui en doutent.

Jean-Christophe Brianchon

Jean-Christophe Brianchon

Journaliste à France Culture, Grazia, Théâtre(s) Magazine.

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