31 mai 2017

Recette

100% Montréal
Rimini Protokoll

Pour faire le portrait d’une ville, peindre d’abord une cage (la scène), avec une porte ouverte (le public), peindre ensuite quelque chose de joli (qu’ils sont sympathiques ces Montréalais !), quelque chose de simple (et de reproductible à l’infini, un concept), quelque chose de beau (le multiculturalisme réussi), quelque chose d’utile pour la ville (le sentiment d’appartenance). Placer ensuite le portrait sur un plateau, se cacher derrière des prompteurs, sans rien dire, sans bouger. Parfois, les 100 personnes arrivent vite, mais elles peuvent aussi bien mettre longtemps avant de se décider. Ne pas se décourager, attendre, la vitesse ou la lenteur (ou la qualité) du casting n’ayant aucun rapport avec la réussite du portrait. Quand la ville se dessine, si elle se dessine, observer et attendre que la ville entre dans la cage et quand elle est entrée, fermer doucement la porte avec le public. Si la ville ne chante pas, c’est mauvais signe, signe que le portrait est mauvais, mais si elle chante, c’est bon signe, signe qu’ils (le trio allemand Rimini Protokoll) pourront la signer. Alors, ils arrachent quelques larmes (faciles) et quelques applaudissements (étranges) au public et ils écrivent leur nom au coin du portrait. Encore un, la litanie mondiale des 100% poursuit son chemin, efficace, huilée comme un coucou suisse.

Marie Sorbier

Marie Sorbier

Fondatrice et rédactrice en chef de I/O.
Critique et journaliste sur France Culture.

I/O n°117

IO n°117

PODCAST

Offre de stage

ANNONCE

À LIRE

CND
Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Marie Sorbier

Bashar Murkus, le mal de père

Décidément, le festival d’Avignon 2025 a le mal de père. Et c’est le metteur en scène palestinien Bashar Murkus, directeur du théâtre de Haifa, programmé seulement trois fois en fin d’édition, qui met à jour, avec son spectacle « Yes Daddy », un fil cohérent de cette édition. A l’heure où le
25 juillet 2025

Marthaler prend de la hauteur

Soudain, six Suisses en tenues traditionnelles sont dans un chalet. Un monte-charge s’ouvre régulièrement pour apporter La Joconde ou des biscottes, tandis qu’un néon lynchéen grésille sous les poutres. Comme toujours chez le metteur en scène suisse-allemand, tout pourrait se résumer à une devinette pour laquelle l’auditoire attend, un sourire
15 juillet 2025

Ali Charhour, un écrin puissant pour les voix des femmes

Trois femmes puissantes. Ça sonne comme un titre de livre à succès, mais le spectacle que propose le chorégraphe libanais n’a rien du page-turner. Les projecteurs braqués sur le public éblouissent alors que tous les spectateurs cherchent encore leur place ; les yeux cramés par trop de lumière, il sera
8 juillet 2025

Tout simplement Brel

Peut-on danser sur les chansons de Brel ? Petits bijoux d’écriture, ces paroles, pensées pour être interprétées plein de sueur et de conviction, ont une place de choix dans le panthéon des amateurs de chanson à texte. Récits condensés d’images percutantes, ces courts-circuits efficaces s’inscrivent, par cœur, dans la mémoire collective
8 juillet 2025

« Les Incrédules » peinent à nous faire croire aux miracles

C’était pourtant un sujet alléchant. Que le théâtre s’empare du mystère des miracles et interroge ceux qui y croient – et ceux qui n’y croient pas – est une matière à spectacle qui promet. Le miracle, par essence indicible, serait-il plus tangible sur un plateau ? Pour le faire advenir, Samuel
7 juillet 2025