13 juin 2017

Du souffle et de la sueur

A simple space
Gravity and Other Myths
D.R.

Les Australiens de la compagnie Gravity and Other Myths défendent leur version de ce que l’on appelle désormais le nouveau cirque ; un cirque dépouillé de ses caniches savants et autres justaucorps à strass, un cirque qui se concentre sur l’essentiel : l’artiste et les possibilités que lui offre son corps.

Deux nanas et six mecs, allure de post-ado aux corps d’esthètes et aux sourires charmeurs ultra-bright : il n’en faut pas plus pour amadouer un public. La petite bande se prête tout de même à une opération séduction sous forme de compétition de corde à sauter, et ceux qui tiennent le moins longtemps à une vitesse folle se voient obligés de retirer t-shirts et pantalons. On n’en demandait pas tant. Cette mise en bouche potache a fini de séduire l’audience et une complicité indéniable s’installe dans l’enceinte du chapiteau où retentit maintenant une musique électro jouée en live par un musicien en symbiose avec les circassiens. Le coup d’envoi est lancé et les athlètes entament une série de numéros s’enchaînant à un rythme effréné, entre joyeux bordel vertigineux et performance solo saisissante. Tels des gamins lâchés dans une cours d’école, les jeunes acrobates s’emparent de l’espace vide et repoussent les limites de l’équilibre. Les silhouettes d’acier s’aggripent les unes aux autres, deviennent supports, obstacles, filet de sécurité et s’offrent même le luxe de réinventer le trapèze et le trampoline. Ils tombent, se lancent, se rattrapent, défiant les lois de la gravité avec une décontraction quasi insolente. Portés par une dynamique de groupe ultra-puissante, ils unissent leurs forces dans de périlleuses pyramides et parcours hors sol, arrogants maîtres de l’apesanteur. Le public est suspendu à leurs respirations, complètement soufflé par cet exercice d’endurance inédit, emporté par les pulsations de cette tranche de cirque décoiffé. Mais cet enchaînement de prouesses peine à se détacher de la rythmique du cirque traditionnel, alternant clowneries enfantines (détournant les classiques balles de jonglage et sculptures de ballons) et démonstrations physiques. La recette se fait répétitive et met en évidence le défaut de dramaturgie de cette première création montée sur piles. Si l’attention du spectateur est tenue par le spectaculaire des acrobaties, l’imaginaire, lui, n’est pas franchement sollicité. On aimerait que toutes ces pirouettes nous racontent des histoires mais l’heure est plus au tour de force qu’à la poésie. La priorité a été donnée à la technique et non à l’artistique, et c’est dommage. On reste bien assis sur nos chaises, là où on attendait d’être transportés, émus. La force de la compagnie Gravity and Other Myths est d’inventer du spectacle là où il n’y a qu’un chapiteau vide et le pari est somme toute réussi. Les amateurs de sensation forte en auront pour leur argent, au plus près du souffle et de la transpiration des artistes. Aux autres restés sur leur faim, on conseillera de patienter et de suivre de près ces jeunes talents dont la seconde création « Backbone » vient tout juste de s’élancer dans les festivals européens.

Léa Coffineau

Léa Coffineau

Révoltée curieuse et exigeante, toujours à la découverte de nouveaux talent.

I/O n°118

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