26 janvier 2017

Spotlight on (a kind of) Israeli drama

Festival Isra-drama 2016

Après cinq jours plongés entre théâtre israélien et plages de Tel Aviv, Isra-Drama ne résout pas vraiment l’ubiquité de son statut. Festival ou marché ? D’autres sous le soleil français, me direz-vous, vivent et prospèrent dans les deux champs sans interroger cette problématique, mais il est cependant salutaire de savoir où l’on s’assoit avant de commencer à tirer un portrait et parfois même des conclusions sur la vitalité de la scène d’un pays.

Organisé par The Hanoch Levin Institute of Israeli Drama, ce panorama se compose de propositions assez différentes dans leur nature mais toujours très académiques voire tout à fait institutionnelles dans le fond et dans la forme, vitrine organisée pour les programmateurs du monde entier (26 pays représentés). Les 60 professionnels présents ont pu avoir du mal à projeter ces propositions dans leurs murs, hors des frontières d’Israël. Lumières dignes des meilleurs shows de téléréalité pour « The King David Report » ou lanières de cuir et costumes tout droit venus des premiers épisodes de « Star Trek » pour « Jehu » (l’Ancien Testament en force !), l’esthétique futuro-vintage a de quoi laisser coi. Et que dire de l’ovni « Ritza », mis en scène par Ruth Kanner, comédie musicale pour le moins habitée, « La Mélodie du bonheur » dans le désert à Massada version punk janséniste ? Les mots manquent et nos sens résistent tant les spectacles présentés, malgré leur facture aboutie, semblent ancrés dans un passé de la représentation et des codes de jeu révolus. Mais il faut savoir être patient et rester à l’écoute, car, comme souvent, à l’écart des grandes routes tracées, de nouveaux sentiers sont à l’œuvre : « Worst Case Scenario / 23 Thoughts About Conflict » vaut à lui seul le déplacement (voir critique complète ci-dessous), et la liberté de ton de « Perlstein » est une respiration salutaire.
 La résolution est finalement simple : là où un festival permet aux nouvelles formes d’éclore, un marché tente lui de diffuser une image culturelle prédéfinie sans risque et sans accroc, mais sans réel enthousiasme non plus.

Marie Sorbier

Marie Sorbier

Rédactrice en chef de I/O
Fondatrice du journal et Directrice de la publication
Critique et journaliste sur France Culture

I/O n°117

IO n°117

ANNONCE

À LIRE

FACEBOOK

Derniers articles de Marie Sorbier

Bashar Murkus, le mal de père

Décidément, le festival d’Avignon 2025 a le mal de père. Et c’est le metteur en scène palestinien Bashar Murkus, directeur du théâtre de Haifa, programmé seulement trois fois en fin d’édition, qui met à jour, avec son spectacle « Yes Daddy », un fil cohérent de cette édition. A l’heure où le
25 juillet 2025

Marthaler prend de la hauteur

Soudain, six Suisses en tenues traditionnelles sont dans un chalet. Un monte-charge s’ouvre régulièrement pour apporter La Joconde ou des biscottes, tandis qu’un néon lynchéen grésille sous les poutres. Comme toujours chez le metteur en scène suisse-allemand, tout pourrait se résumer à une devinette pour laquelle l’auditoire attend, un sourire
15 juillet 2025

Ali Charhour, un écrin puissant pour les voix des femmes

Trois femmes puissantes. Ça sonne comme un titre de livre à succès, mais le spectacle que propose le chorégraphe libanais n’a rien du page-turner. Les projecteurs braqués sur le public éblouissent alors que tous les spectateurs cherchent encore leur place ; les yeux cramés par trop de lumière, il sera
8 juillet 2025

Tout simplement Brel

Peut-on danser sur les chansons de Brel ? Petits bijoux d’écriture, ces paroles, pensées pour être interprétées plein de sueur et de conviction, ont une place de choix dans le panthéon des amateurs de chanson à texte. Récits condensés d’images percutantes, ces courts-circuits efficaces s’inscrivent, par cœur, dans la mémoire collective
8 juillet 2025

« Les Incrédules » peinent à nous faire croire aux miracles

C’était pourtant un sujet alléchant. Que le théâtre s’empare du mystère des miracles et interroge ceux qui y croient – et ceux qui n’y croient pas – est une matière à spectacle qui promet. Le miracle, par essence indicible, serait-il plus tangible sur un plateau ? Pour le faire advenir, Samuel
7 juillet 2025