13 janvier 2017

The Sound of Silence

Le Quatrième Mur
Sorj Chalandon | Julien Bouffier
(c) Marc Ginot

Depuis sa publication, en 2013, et son prix Goncourt des lycéens, le roman de Sorj Chalandon « Le Quatrième Mur » a suscité de très nombreuses adaptations. Ainsi celles de Luca Franceschi (OFF d’Avignon 2016) et d’Arnaud Stephan (festival Mettre en scène à Rennes), dont nous avons déjà parlé dans I/O ces derniers mois. Julien Bouffier, en résidence à la Filature, s’empare à son tour de ce sujet qui, au regard de l’actualité du Proche-Orient, n’a rien perdu de sa pertinence. Le personnage principal, Georges, double de Chalandon, est ici transformé en rôle féminin, confronté à la réalité d’un Liban du début des années 1980 déchiré par les luttes intestines. Monter un « Antigone » dans un Beyrouth en guerre en réunissant des comédiens amateurs venus de toutes les communautés (Druzes, chiites, Grecs catholiques, maronites…) est un symbole fort tout autant qu’un échec programmé. Une tentative de renouveler le geste hölderlinien d’Anouilh, rédigeant la pièce en pleine Seconde Guerre mondiale. La densité du roman oblige à des partis pris de mise en scène forts : Bouffier a fait le choix d’un théâtre hybride reposant sur la vidéo, sur fond de musique jouée en live par un guitariste – variations lancinantes sur « The Sound of Silence », de Simon and Garfunkel. La dimension ultradocumentaire du projet en est aussi la limite, collant de trop près au texte, tombant par moments, comme dans la version d’Arnaud Stephan, dans un pathos un peu lourd, tout en évacuant complètement les passages du roman les plus drolatiques. Malgré des maladresses dramaturgiques et scénographiques, le spectacle parvient tout de même à une adaptation assez fidèle de l’ambiance du roman, et quelques jolies fulgurances. On regrette que Bouffier n’ait pas poussé encore plus loin la double mise en abyme de son projet (parler du montage d’une pièce franco-libanaise adaptant un récit sur le montage d’une pièce à Beyrouth) pour se décoller de l’intention parfois trop démonstrative de Chalandon, et trouver encore mieux une place poétique qui lui soit propre.

Mathias Daval

Mathias Daval

Journaliste depuis 2001, lauréat de la bourse du CNT en 2014, cofondateur de I/O et éditeur pour le Theatre Times, membre de la Fédération des critiques de la presse française. Il est également game designer et chargé de cours en master de journalisme culturel à l'université de Paris 3 Sorbonne-Nouvelle depuis 2020.

I/O n°117

IO n°117

ANNONCE

À LIRE

CND
Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Mathias Daval

Alcid aminé

Dans la longue histoire de la consanguinité entre mythes antiques et théâtre, tout semble avoir été exploré, du vertige narratif du récit épique à l’ontologie du désespoir du drame psychique. Et puis il y a, comme « Herkül » de Cyril Balny, des tentatives formelles, bancales mais audacieuses, de reconstruire un imaginaire
8 novembre 2025

Spiel ou face

Du 23 au 26 octobre 2025, le centre d’exposition de Messe Essen, près de Cologne, s’est comme chaque année transformé en espace-temps entièrement dédié aux jeux de société. Un microcosme aussi bariolé qu’ultra-commercial. Avec près de 80 000 mètres carrés et 1 000 exposants de 55 pays réunis pendant quatre
3 novembre 2025

Jouer est politique

« Ce livre n’est pas une publication universitaire. C’est un appel à se réapproprier le jeu de société avec responsabilité, en pleine conscience de son impact et de son potentiel ». Force est de constater que le jeu de société n’a pas encore atteint sa phase de maturité comme objet
30 octobre 2025

This is an experience

« Le Périmètre de Denver », précédente création de Vimala Pons, nous avait laissé avec une sensation d’esquive de toute herméneutique de surplomb, de toute tentative de figer un sens définitif, au profit d’une forme poétique et polysémique. « Honda Romance » suit le même sillon, avec un résultat scénique à la fois plus
19 octobre 2025

Vue du pont

Puisque ce sont les mots qui importent, comment parler de Sirāt, le road movie électro et sous ecsta dans le désert marocain d’Oliver Laxe si ce n’est en disant quelque chose du mot arabe sirāt, qui signifie le chemin, la voie, la route, et à vrai dire pas n’importe quelle
16 octobre 2025