4 octobre 2017

Tomber du ciel

Le Bruit des arbres qui tombent
Nathalie Béasse

Ce qui est formidable dans le travail de Nathalie Béasse, c’est qu’en plus de créer des images esthétiques en diable elle les dote de généreuses couches successives de symboles. En résulte un spectacle métaphore, un millefeuille qu’on ne se lasse pas de déguster. Jouissance des yeux et du cerveau qui capte petit à petit et au-delà des mots les liens poétiques qu’elle tisse avec maestria. Car ce sont bien les mots qui sont ici illustration, le refus de la traduction en est une des preuves. Puisque de narration il n’y a pas, prenons par exemple la scène de la généalogie du Christ. Pour mettre en corps ce passage de l’Évangile de saint Matthieu que les catholiques lisent traditionnellement lors de la messe de minuit, un homme et sa valise, un monticule de terre et un baptême. Voilà donc très justement mise en scène la terre promise qu’il quitte ou qu’il rejoint, l’autre homme qui par l’eau versée le fait devenir fils de Dieu, la litanie des mots qui tente de justifier les deux natures du Christ, humaine et divine. Le point de convergence de toutes ces scènes est le déraillement progressif de la joie à la souffrance. Ainsi la danse joyeuse du samedi soir se transforme en épreuve physique, le jeu de la cour de récréation en combat ; toutes ces ruptures sont magnifiquement portées par les quatre artistes sur le plateau qui donnent vie à ce qui tombe du ciel. Comme cette immense bâche qu’ils actionnent en prologue, qui envahit l’espace et occulte parfois la lumière, qui, par sa danse presque macabre, donne à l’ombre le goût salé de la vague, celle du déluge de Noé, des aventures d’Ulysse, de Jonas ou de Moïse.

Marie Sorbier

Marie Sorbier

Fondatrice et rédactrice en chef de I/O.
Critique et journaliste sur France Culture.

I/O n°117

IO n°117

ANNONCE

À LIRE

CND
Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Marie Sorbier

Bashar Murkus, le mal de père

Décidément, le festival d’Avignon 2025 a le mal de père. Et c’est le metteur en scène palestinien Bashar Murkus, directeur du théâtre de Haifa, programmé seulement trois fois en fin d’édition, qui met à jour, avec son spectacle « Yes Daddy », un fil cohérent de cette édition. A l’heure où le
25 juillet 2025

Marthaler prend de la hauteur

Soudain, six Suisses en tenues traditionnelles sont dans un chalet. Un monte-charge s’ouvre régulièrement pour apporter La Joconde ou des biscottes, tandis qu’un néon lynchéen grésille sous les poutres. Comme toujours chez le metteur en scène suisse-allemand, tout pourrait se résumer à une devinette pour laquelle l’auditoire attend, un sourire
15 juillet 2025

Ali Charhour, un écrin puissant pour les voix des femmes

Trois femmes puissantes. Ça sonne comme un titre de livre à succès, mais le spectacle que propose le chorégraphe libanais n’a rien du page-turner. Les projecteurs braqués sur le public éblouissent alors que tous les spectateurs cherchent encore leur place ; les yeux cramés par trop de lumière, il sera
8 juillet 2025

Tout simplement Brel

Peut-on danser sur les chansons de Brel ? Petits bijoux d’écriture, ces paroles, pensées pour être interprétées plein de sueur et de conviction, ont une place de choix dans le panthéon des amateurs de chanson à texte. Récits condensés d’images percutantes, ces courts-circuits efficaces s’inscrivent, par cœur, dans la mémoire collective
8 juillet 2025

« Les Incrédules » peinent à nous faire croire aux miracles

C’était pourtant un sujet alléchant. Que le théâtre s’empare du mystère des miracles et interroge ceux qui y croient – et ceux qui n’y croient pas – est une matière à spectacle qui promet. Le miracle, par essence indicible, serait-il plus tangible sur un plateau ? Pour le faire advenir, Samuel
7 juillet 2025