19 septembre 2017

Vive nous !

Le Super Méga Continental
Sylvain Emard
© Robert Etcheverry

Cela fait aujourd’hui presque dix ans que le chorégraphe de renommée internationale Sylvain Émard a eu la lumineuse idée de revenir aux sources de la danse populaire québécoise en métissant le traditionnel Continental et la danse contemporaine. Cette danse « sociale » en ligne, dans la veine du madison ou encore de la macarena, s’est vue revisitée, transformée et augmentée pour donner naissance au Grand Continental en 2009, création de la Cie Sylvain Émard en partenariat avec le FestivalTransAmériques. L’événement, porté par une soixantaine de danseurs amateurs, fut une véritable réussite et donna des ailes au chorégraphe qui proposa un Très Grand Continental l’année suivante puis un Continental XL, composé par deux cent danseurs cette fois, en 2011, toujours accompagné par le FTA. La performance gagnera le cœur des foules des plus grandes villes nord-américaines ainsi qu’au Mexique, en Corée du Sud et en Nouvelle-Zélande.

Le concept est vendeur, certes, mais son succès réside dans cette formule magique qui fédère les publics : faire remuer les citoyens pour le plaisir des citoyens. Disparition de l’intermédiaire artiste, de cette élite qu’on adore détester, et remise des clés de la ville à ceux qui la font vivre. Cette année, à l’occasion du 375e anniversaire de la fondation de Montréal par les premiers colons français, Sylvain Émard a donné carte blanche à son ambition et entraîné pendant des mois une troupe impressionnante de 375 danseurs amateurs. Même si la célébration est assurément sujette à controverse, elle est aussi une nouvelle occasion de faire la fête, comme les Québécois savent si bien le faire. A travers ce Super Méga Continental, c’est toute la fierté d’être Montréalais, toute la naïveté sublime de savoir vivre ensemble malgré nos différences qui investit la place des Festivals. Ils sont grands, petits, gros, minces, blancs, noirs, jaunes, verts, rouges, et ils donnent tous la même énergie à exécuter ces quelques pas de danse, parfois hésitants, parfois pleins de grâce, dans un son et lumière vibrant et réjouissant. Grâce à son histoire, à ses dynamiques ethnique et migratoire et à sa légendaire ouverture d’esprit, Montréal reste une métropole quelque peu épargnée par la folie destructrice identitaire de ce début de millénaire. Et pourvu que ça dure, parce que ça fait plaisir à voir.

Léa Coffineau

Léa Coffineau

Révoltée curieuse et exigeante, toujours à la découverte de nouveaux talent.

I/O n°117

IO n°117

ANNONCE

À LIRE

CND
Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Léa Coffineau

Les deux pieds dans la terre

Bouleversé par la lecture de la pièce de Michel Marc Bouchard, le comédien brésilien Armando Babaioff a conjuré son ami Rodrigo Portella d’en assurer la mise en scène. Grâce aux précieux éclairages de l’auteur, Babaioff a signé une traduction de « Tom à la ferme » – en portugais, « Tom na Fazenda »
5 juin 2018

La solitude des géants

Le performeur grec Euripides Laskaridis est un bâtisseur d’images. Son dada ? Les artifices. Il joue avec son corps comme il joue avec la scène, travestissant l’un autant qu’il métamorphose l’autre. Tout ce qu’il touche est prétexte au détournement et devient vecteur de son imaginaire débordant. Après le solo bouffonesque
2 juin 2018

Je priais Dieu pour qu’il me fasse croire en lui

Fruit de plusieurs années d’écriture, de ratures et de réécriture, « La Vie utile » ficelle les interrogations et angoisses existentialistes d’Evelyne de la Chenelière, artiste multiple et unique de la scène québécoise. Pour porter ce texte aux foules et lui donner chair, l’autrice a convoqué la metteure en scène Marie Brassard,
30 mai 2018

Vis ma vie de pauvre

Dans son infatigable quête de réalité, et avec pour objet de porter la vérité de son pays sur scène, le mexicain Gabino Rodriguez a abandonné sa condition d’artiste engagé, fier représentant de la classe moyenne intellectuelle, pour s’immerger six mois durant dans le quotidien d’un ouvrier payé au salaire minimum
30 mai 2018

Toi, tes poils et puis ta bouche

Cela fait déjà trois ans que Meg Stuart, ses danseurs et ses musiciens parcourent les scènes du monde avec cette fresque charnelle aux allures de trip sous acide. C’est qu’il y a quelque chose dans la danse de la chorégraphe américaine qui vient nous chercher, quelque chose de foncièrement humain
30 mai 2018