13 août 2017

Working Method

Working Method
Enkidu Khaled

L’art peut-il sauver le monde ? Question postmoderne par excellence, renouvelée ici sous la forme d’un workshop maïeutique par le performer irakien Enkidu Khaled. En petit nombre, assis en arc de cercle, les spectateurs sont confrontés à une méthode ludique pour aiguiser sa créativité – et travailler sur des projets de spectacle vivant. Le principe de base : penser à 4 mots provenant de souvenirs d’enfance, que l’on doit spontanément associer à un autre mot. C’est à partir des ces 4 nouveaux termes, regroupés en une phrase grammaticalement correcte quoique probablement absurde, que se construit le projet, étape par étape (on aura ainsi abouti, dans cette session-ci, à la proposition : « Barking buildings desire skiing », qu’un spectateur volontaire se prête à dessiner sur une feuille de papier). Enkidu ne précise-t-il pas que son nom, dans la saga de Gilgamesh, signifie « raison d’agir » ? Voilà en tout cas une méthode qui, à défaut d’avoir un Pictionary ou un Time’s Up à portée de main, animera à coup sûr vos soirées. Mais « Working Method » aurait pu rester un atelier participatif gentillet si l’Irakien n’avait ajouté à sa proposition, en fil conducteur, un témoignage personnel sur sa vie d’artiste dans son pays… jusqu’à sa conclusion abrupte, violente, qui joue habilement sur la frontière entre réalité et fiction. Après une heure de titillage des neurones, on se prend un coup de poing dans les tripes. Habile et dérangeant.

Mathias Daval

Mathias Daval

Journaliste depuis 2001, lauréat de la bourse du CNT en 2014, cofondateur de I/O et éditeur pour le Theatre Times, membre de la Fédération des critiques de la presse française. Il est également game designer et chargé de cours en master de journalisme culturel à l'université de Paris 3 Sorbonne-Nouvelle depuis 2020.

I/O n°118

ANNONCE

PODCAST

Dernière émission en direct du Festival d'Avignon

ANNONCE

À LIRE

Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Mathias Daval

Critique masquée

La critique de la critique est un exercice passionnant auquel devrait s’adonner, avec davantage de consistance, les critiques professionnels eux-mêmes dont l’humilité est, faut-il bien le reconnaître, rarement le trait distinctif (à leur décharge pourra-t-on dire que c’est rarement ce que leurs lecteurs ou leurs auditeurs leur demandent). La septuagénaire
9 juillet 2026

Front to Bach

On est déjà familier, chez Anne Teresa de Keersmaeker parmi tant d’autres, de l’utilisation de la musique de Bach, et plus particulièrement des Suites pour violoncelle, comme exhausseur du mouvement qui advient sur scène. Ici, grâce à une hybridation technologique, c’est un peu l’inverse qui opère : chaque spectateur, muni d’un
9 juillet 2026

À moi, comte, deux mots

On ne connaît pas grand-chose de la vie d’Isidore Ducasse, à commencer par ce pseudonyme de « comte de Lautréamont » que l’on suppose inspiré par un roman d’Eugène Sue. Partout où on le cherche, il se dérobe, jusqu’à sa mort dont la cause n’a jamais été clairement établie. Hapax
7 juillet 2026

Outrage au public

Après s’être emparés de thèmes politiques comme l’écologie (World Without Us et Are we not drawn onward to new erA), la finance internationale (£¥€$, présenté dans le « in » en 2019) ou encore la philosophie morale (T.M.), Alexander Devriendt et la compagnie Ontroerend Goed délaissent le champ politique pour un projet
7 juillet 2026

Alcid aminé

Dans la longue histoire de la consanguinité entre mythes antiques et théâtre, tout semble avoir été exploré, du vertige narratif du récit épique à l’ontologie du désespoir du drame psychique. Et puis il y a, comme « Herkül » de Cyril Balny, des tentatives formelles, bancales mais audacieuses, de reconstruire un imaginaire
8 novembre 2025