17 mars 2018

Allô Maman bobo

Chienne(s)
Marie-Claude St-Laurent | Marie-Ève Milot
© Dominic LaChance

La peur que tout s’écroule. La peur du vide, la peur du noir, la peur de grandir, de vieillir, de vivre trop vite ou pas assez. Quand les petites angoisses gonflent comme des éponges et prennent toute la place à l’intérieur : c’est la panique, l’étouffement. 

Cette troisième création du Théâtre de l’Affamée inaugure la résidence d’écriture du duo formé depuis 2009 par Marie-Ève Milot et Marie-Claude St-Laurent au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui. Les deux jeunes autrices portent la parole de cette génération Y en mal de sens, victime directe et responsable désignée de ce début de millénaire médiocre et boiteux. Ce nouveau texte continue de mettre à l’honneur la femme dans la fiction et les femmes sur le plateau, en abordant cette fois la question de la dépression, ce mal du siècle qui ne cesse de croître.

Le jour de ses 30 ans, une jeune femme s’enferme chez elle, à bout de force, incapable de continuer à faire face au monde. Sa famille et ses amis sont inquiets sans la comprendre, car après tout « y a rien de grave », et c’est bien là que le bât blesse. La jeune femme s’enfonce dans la solitude et le désespoir, impuissante et paralysée face aux exigences de performance de ce monde qui va trop vite et n’attend personne.

La qualité de cette proposition réside dans sa sensibilité au sujet traité et sa justesse dans la lecture de l’égocentrisme dévorant insinué par le mal dépressif. Cependant, les autrices ont sans doute voulu ratisser un peu trop large, rassemblant dans ce texte une foule de thèmes qui leur sont chers mais qui ne font que noyer le propos principal. De la peur d’être une femme dans l’espace public aux attaques à la bombe ou à la kalachnikov dans les lieux culturels, on ne sait plus très bien où l’on est ni où l’on va.

En dépit d’une dramaturgie qui s’étire en longueur, l’énergie et l’investissement des comédiens est indéniable et Larissa Corriveau démontre une nouvelle fois son intelligence de la scène dans un rôle fort et cynique qui lui correspond à merveille. Confondant maladroitement la dépression avec l’insécurité et la peur de l’avenir qui caractérise les jeunes trentenaires d’aujourd’hui, « Chienne(s) » est tout de même le témoignage d’une génération submergée par les malheurs du monde et terrifiée par les défis qui grossissent à l’horizon.

Léa Coffineau

Léa Coffineau

Révoltée curieuse et exigeante, toujours à la découverte de nouveaux talent.

I/O n°117

IO n°117

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