7 mai 2018

Attachante traversée

Si loin si proche
Abdelwaheb Sefsaf | Georges Baux | Nestor Kéa | Marion Guerrero
DR

C’est l’histoire d’un retour qui n’en est pas un : pour les frères et sœurs du conteur Abdelwaheb Sefsaf, nés en France dans les années 1970, l’odyssée familiale en Algérie, alors encouragée par le gouvernement français, est une plongée en terre aussi familière qu’inconnue, mêlant les sentiments contradictoires de l’attente et du déracinement. Loin du tragique, c’est l’humour que choisit Sefsaf pour raconter et chanter cette épopée dont la tonalité dominante est la tendresse, celle de l’enfant devenu adulte, pour son passé, pour ses parents, leur intégrité, et leur sens (inconscient) de l’aventure. Accompagné par le duo de musiciens Aligator, « Si loin si proche » est un récit-concert dont la forme hybride, ajoutée au mélange des langues française et kabyle, exprime la complexité du rapport du narrateur à sa double origine. Si le lyrisme des chansons en français ne convainc pas toujours, à l’inverse, c’est dans l’acuité pleine d’ironie de ses anecdotes que Sefsaf est le plus inspiré, nous catapultant dans la voiture bourrée à craquer d’enfants et de cadeaux, dans l’amour et l’intransigeance de sa mère, dans la passion pour la politique de son père, dans les subtilités sémiologiques du peigne à cheveux chez « l’Algérien indépendant ».

Mariane de Douhet

Mariane de Douhet

Enseignante en philosophie au lycée, collaboratrice pour différents médias.

I/O n°118

ANNONCE

PODCAST

Dernière émission en direct du Festival d'Avignon

ANNONCE

À LIRE

Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Mariane de Douhet

Homère sous pure bolivienne

Plutôt que d’aller voir l’Odyssée se faire charcuter à la moulinette clip de Nolan, j’ai, sur le même thème, emmené ma progéniture voir un spectacle qui réussit la double prouesse d’être un des meilleurs spectacles jeune public vus depuis longtemps ET une des meilleures adaptations d’Homère, précise et culottée, inventive
2 septembre 2026

Protocole amphibie

Le risque est grand d’esthétiser la mort, d’ensevelir sa crudité sous la beauté plastique. Sans doute est-ce refus d’édulcorer non pas tant la mort que ce qui la précède, la « fin de vie » – expression consacrée, substantivée, juridicisée, qui, comme telle, n’est pas sans déréaliser l’horreur de l’agonie, qui
11 juillet 2026

Flânerie en flanterie

DR Quelle autre pâtisserie que le flan possède un tel capital sympathie ? Honnête et sans prétention, calant l’estomac, auréolé d’un soupçon de plaisir régressif, sans compter son charme rétro-vintage qui lui assure sa hype absolue, le flan est au dessert sucré ce que le wombat est à l’animal :
11 juillet 2026

Vénérer Saint Latex

Avertissement méthodologique : on n’a pas envie de dire du mal d’un spectacle prônant la tolérance, faisant connaître la mission progressiste des Sœurs de la Perpétuelle Indulgence, ce foyer queer de militants LGBT+ portant l’habit de nonne, né à San Francisco dans les années 1980, luttant avec l’extravagance du drag
25 mai 2026

Il est venu le temps de partir

Frollo extirpe une crotte de nez d’une chimère de Notre-Dame et la fourre dans sa bouche, beugle un c’est plein de protéines ponctué d’un gros rire gras. Tout est à l’avenant. Le sonneur de cloches et la bohémienne sont martyrisés dans cette mise en scène très patricksebastiengaze qui semble prendre
5 mai 2026