Auréolé du Prix théâtre RFI 2016, « Convulsions » revisite le mythe des Atrides à la sauce 2018. Pourtant, tandis que les comédien·ne·s passent avec agilité d’un rôle à l’autre, on se dit que le monde n’est pas vraiment moins violent aujourd’hui que dans les tragédies grecques. Aux fratricides et infanticides traditionnels s’ajoutent les violences contemporaines, tests ADN et loterie de l’immigration. Joué entre terrain de basket et aéroport, « Convulsions » ne se passe nulle part, et pourrait donc se passer partout. C’est cette incertitude qui renforce la violence du propos. Car la violence est partout, et si Hakim Bah la dit si bien, Frédéric Fisbach a la lourde tâche de la porter à la scène. Le début de la pièce réalise alors la prouesse de ne pas illustrer platement le propos – on ne verra guère qu’un chœur récitant des didascalies – tout en le sonorisant de façon parfaitement anxiogène. Débarrassé des images qu’on essaye de lui imposer, le public est alors libre de construire sa propre représentation de la violence en s’appuyant sur les voix des artistes. La tension, jamais totalement à zéro, ménage cependant des soupapes burlesques portées notamment par Marie Payen. « Convulsions » apparaît alors comme un conte horrifique, une satire d’anticipation dont on ressort avec une légère angoisse : et si Hakim Bah se révélait prophète des temps modernes ?
7 juillet 2018
Convulsions
I/O n°118
Derniers articles de Audrey Santacroce
La tristesse devrait-elle durer toujours ?
Dans un spectacle qui mêle danse, théorie filmique et histoire d’amour avec autant d’intelligence que d’humour, Daphné Biiga Nwanak et Baudoin Woehl nous montre le pouvoir consolateur de l’art. C’est au détour d’une promenade sur Wikipédia que Daphné Biiga Nwanak et Baudoin Woehl découvre le nom de Maya Deren, réalisatrice,
5 mars 2024
Que la joie vienne
On connaît son travail, et pourtant on ne s’en lasse jamais. Après « Phèdre ! » et « Giselle… », François Gremaud met un point final à sa trilogie consacrée aux figures féminines mythiques de la scène avec « Carmen. ». C’est qu’on croyait bien la connaître, l’Andalouse qui fait chavirer les coeurs, tant on baille
3 novembre 2023
Play, pause, repeat
Parallèlement à « Rituel 5 : la mort » créé en tandem avec Louise Hémon, la metteuse en scène Emilie Rousset continue son travail d’exploration d’archives sonores en solo, qui convoque pêle-mêle Karajan, chef·fes d’Etat, Nina Hagen, et son propre fils. On a coutume de dire, en ricanant plus ou moins jaune
28 novembre 2022
François l’Enchanteur
On ne s’y attendait pas, et probablement que lui non plus. Il a fallu que la vie et ses aléas s’en mêlent pour que François Gremaud, jamais en reste quand il s’agit de prendre les chemins de traverse, rêve en quelques jours « Allegretto », le solo qui remplacera le spectacle initialement
16 octobre 2022
Marche ou crève
Avec sa nouvelle création qui se joue au Théâtre National de Chaillot jusqu’au 1er octobre, Oona Doherty et ses douze interprètes livrent un spectacle brûlant sur fond de fin d’un monde. Ils et elles sont aligné·es en fond de scène, au son du « Concerto numéro 2 en ut mineur » de
28 septembre 2022





