22 octobre 2018

De Montreuil au Far West

Western
Mathieu Bauer
DR

Un western sur un plateau de théâtre, vraiment ? On se demande s’il va y avoir des chevaux, des morts et du whisky, et comment l’équipe va nous enlever du Nouveau Théâtre de Montreuil pour nous propulser au cœur du Far West. Mathieu Bauer joue en effet avec certains codes du genre mais en évacue de nombreux, recréant ainsi un univers qui lui est propre. Pour cela, il déréalise les corps, les voix, impose d’emblée une distance et dévoile sciemment les ficelles. Les acteurs jouent micros et haut-parleurs en main, les tabourets se transforment en chevaux, l’enfant est une marionnette que l’on s’arrache avec violence… Certaines scènes sont même chorégraphiées avec un formalisme déroutant. Ça surprend au départ, mais on finit par y croire. Certes, le parti pris esthétique peut ne pas plaire, mais il a le mérite d’être fort, tranché.

Fidèle à son autre amour qu’est la musique, le metteur en scène est lui-même au plateau, accompagné de ses musiciens. On est encore une fois bluffé par les talents des comédiens du groupe 42 du Théâtre National de Strasbourg qui, en plus d’être de bons interprètes, s’emparent tour à tour du violoncelle, de l’accordéon ou de la flûte traversière. On est notamment enchanté par la voix d’Emma Liégeois qui ouvre le bal et nous plonge dans une atmosphère à la Tim Burton. Morceaux et chants ponctuent le rythme de la pièce, et lui donnent un petit côté comédie musicale. Au même titre que dans un film, la bande son est omniprésente. Car ce que Mathieu Bauer a cherché à reproduire, c’est à la fois la dimension épique du western, et un certain réalisme propre cinéma.

Pourquoi monter ce spectacle aujourd’hui ? C’est peut-être ce qui pose le plus question face à ce projet. Le metteur en scène s’est amusé, sans autre justification que celle d’aimer ça, les histoires de cow-boys : mais après tout, peut-être que cela suffit. Ce qui est certain, c’est que les jeunes spectateurs dans la salle ne bougent pas d’un millimètre, obnubilés par les bandits qui s’affrontent sous leurs yeux. En plein dans le mille.

Lillah Vial

Lillah Vial

Diplômée d'un Master Métiers de la production théâtrale ainsi que d'un Master recherche Lettres et Arts.
Formation de comédienne et danseuse.
Ancienne rédactrice pour le web magazine Profondeur de Champs et journaliste pour Festi TV

I/O n°117

IO n°117

PODCAST

ANNONCE

À LIRE

CND
Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Lillah Vial

Happy Child

Dans « Happy Child », cinq frères et sœurs à nouveau réunis convoquent à l’âge adulte leurs souvenirs d’enfance, leurs jeux, leurs disputes. On va de surprise en surprise dans une escalade burlesque, de perruques en acrobaties, de chants parodiques en travestissements. Le traitement du langage est intelligent : le texte, prononcé
20 mai 2019

Orestea/Agamennone, Schiavi, Conversio

« Notre Orestie (…) est plutôt une œuvre sur l’oeuvre Eschyle » affirme Simone Derai, metteur en scène. « Orestea » est comme une longue performance.  Beaucoup d’images, de somptueux costumes, des masques, des chants… Les premières minutes impressionnent, on se dit que ça promet d’être beau. Mais on déchante assez vite. Trop
23 octobre 2018

Un « Dance Concert » déconcertant

Nous voilà face à un objet surprenant : des instruments inconnus, sortes de machines à antennes, sont pendus au plafond comme d’étranges créatures. Ça commence comme ça d’ailleurs, par un vrombissement d’ailes qui parcourt la salle, et on est d’abord intrigué par le dispositif, bercé par le son qui surgit de
12 octobre 2018