2 mai 2018

Des corps (un peu trop) frénétiques

In girum imus nocte et consumimur igni
Roberto Castello
DR

Le spectacle de l’artiste italien Roberto Castello (et sa compagnie Aldes) intrigue d’abord par son titre, dont une traduction en français serait « Nous tournons en rond dans la nuit dévorés par le feu ». Il renvoie sûrement au film éponyme de Guy Debord, sorti en 1978. La formule du philosophe est en réalité une reprise incomplète du palindrome latin In girum imus nocte ecce et consumimur igni. D’origine inconnue, cette phrase, parfois erronément attribuée à Virgile, fait référence aux papillons de nuit qui, s’approchant trop de la lumière du feu, y finissent brûlés. Dans son film, Debord se sert de cette formule pour parler métaphoriquement des êtres humains modernes, esclaves aliénés d’une société de consommation capitaliste qui les pousse, dans leur quête de succès, à voler trop près du soleil.

Empruntant ce titre, Castello joue clairement dans son travail avec les mêmes thématiques. Quatre danseurs, deux femmes et deux hommes habillés en noir, se trémoussent frénétiquement. Leurs mouvements saccadés et virulents scandent une musique techno répétitive qui inonde l’espace scénique et envahit les corps des spectateurs. De simples observateurs, nous nous transformons en participants – malgré nous – d’une chorégraphie enragée et épuisante. Peu de variations rythmiques, aucune douceur : Castello veut provoquer le malaise, au niveau tant physique que psychologique. Même si cette intensité se révèle un peu lassante après quelques minutes, l’Italien réussit à doter certains passages d’humour et d’ironie, notamment les séquences de danse à la queue leu leu, dans lesquelles les danseurs accompagnent leurs mouvements à la limite du ridicule de grimaces grotesques, déformant leurs visages au point d’en effacer presque toute trace d’humanité. C’est à ces moments-là que la chorégraphie s’avère la plus fulgurante, malgré cette violence omniprésente subie par les corps des danseurs, qui semblent être des zombis aliénés plutôt que des êtres humains. Dans ce sens, le travail de Castello atteint son objectif, quand il parvient à transmettre parfaitement la dimension oppressive des sociétés modernes, malgré quelques séquences excessives que l’on a du mal à digérer. La fin du spectacle, le seul instant où tout s’arrête – musique et mouvement –, est sans doute le moment le plus puissant et beau : nous en sortons dévorés par le silence.

I/O n°117

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