28 mars 2018

Des panthères et des oiseaux

Théophile Dubus | Quentin Bardou
DR

Comment est né le désir de ce spectacle ?

Quentin Bardou : C’est un spectacle de troupe. Au départ, Jeanne Bonenfant et moi avions envie de travailler ensemble. C’est arrivé de façon fortuite, on parlait de Dalida, celle-ci nous a intéressée. Sa musique a entraîné l’écriture de la pièce sans en être toutefois à l’origine. Mes volontés de mises en scènes sont toujours liées à des textes : il y avait une commande d’écriture, Théophile Dubus avait envie d’un os à ronger. Il fallait que ça parle d’amour, de mort, de difficultés à vivre. Que fait-on quand on n’arrive pas à vivre ? Ça parle de l’amour impossible, complexe parce que possiblement moralement répréhensible. Comment fait-on quand on aime une personne qu’on n’a pas le droit d’aimer ? Ce ne sont pas des thématiques rigolotes. Je ne sais pas si à la fin ça fait une comédie.

Cette panthère, qu’est-ce que c’est ?

Quentin Bardou : Une des fortes sources d’inspirations, c’est une nouvelle d’Henry James, « La bête dans la jungle ». Elle parle d’un homme qui est sûr d’avoir un destin, un but à sa vie. La panthère c’est cette révélation à venir sous forme concrète, cette apparition du destin mise en chair. Ce destin comme une bête qui rode et nous observe depuis un espace sombre, et qui va nous bondir dessus. J’ai été inspiré par un tableau du Douanier Rousseau, « Le rêve », dans lequel il y a la présence mystérieuse d’un homme noir qui joue de la flûte dans un coin. L’image du spectacle, c’était ça.

Il y a de nombreuses références dans le spectacle. Lesquelles ?

Quentin Bardou : Sur un plan esthétique, David Lynch et « Sunset Boulevard » m’ont aiguillé. La dimension de conte a motivé beaucoup de questions. Il fallait faire un espace à la fois concret et onirique.

Quelle est la fonction de ce personnage étrange, narrateur omniscient en veste à paillettes ?

Quentin Bardou : Il est là et pas là, c’est un narrateur, il fait partie prenante de l’histoire sans être actif, je voulais le garder flottant. Ça m’amusait de me dire que les morts pouvaient avoir une vie.  Ce narrateur dit, à un moment : « C’était tellement fou cette chimère nouvelle que ça valait la peine »: comment la destruction totale, l’explosion d’un zoo, la charogne peuvent-elle fasciner, et dans la même perspective, comment peut-on tomber amoureux de quelque chose de monstrueux ? Comme, à sa façon, le scout avec la borgne. Je voulais laisser la question aux gens, d’être à la fois dérangés mais aussi émerveillé par la possibilité de cet amour-là. Si ça peut questionner sur ses propres rapports amoureux c’est déjà bien.

I/O n°117

IO n°117

ANNONCE

À LIRE

FACEBOOK

Derniers articles de Mariane de Douhet

Un clown passe

Bien sûr, il a son nez rouge et ses chaussures démesurées, sa démarche foutraque et immédiatement sympathique, laquelle déclenche un tonitruant rire ventral, rabelaisien, chez la jeune spectatrice qui nous accompagne. Karabistouille n’a même pas encore ouvert la bouche, déplaçant sa silhouette pataude et ahurie, accompagné de son attelage –
4 janvier 2026

Jeannot dans l’algeco

Je me dirigeais vers un musée méconnu : le Musée d’Art et d’Histoire de l’Hôpital Sainte-Anne, situé rue Cabanis. S’y tenait le vernissage d’une nouvelle exposition autour de l’intrigante œuvre -« joyau »- d’art brut (ainsi est-elle présentée) du « Plancher de Jeannot ». L’hôpital psychiatrique le plus mythique de
18 octobre 2025

Jeux célestes

Ils flottent dans le ciel, pleins d’une grâce ondulante face à la mer, parfois chutent brutalement avant d’effectuer de soudaines ascensions : les cerfs-volants sont à l’honneur, à Dieppe, le long du littoral, pour la 25e édition du Festival International de Cerfs-Volants. L’ADN du festival de Dieppe, c’est la création
19 septembre 2025

Ce qu’il faut entendre

Stanislas Nordey avait parait-il souhaité, dès ses premières lectures des textes de Léonora Miano, les porter à la scène : c’est chose faite avec « Ce qu’il faut dire », présenté ces jours-ci à la MC93, recueil de trois textes qui racontent avec justesse et intransigeance la part de colonialisme qui envenime,
4 février 2023

Fantômes sur fjord

En cette fin du mois d’octobre, la bruine presque permanente qui tombe sur Bergen est une invitation à se réfugier dans les théâtres, studios de danse, galeries, autant de lieux que le festival Oktoberdans, 22e édition, investit pour y faire éclore des performances minimalistes, où l’on a vu des danseurs
10 novembre 2022