21 septembre 2018

Et après !

Aujourd’hui, Sauvage
Fabrice Lambert
DR

Autant le dire tout de suite, depuis Jamais assez, Fabrice Lambert, chorégraphe d’origine grenobloise, est tombé directement dans la cour des grands, de ceux dont on attend le spectacle, dont on aime l’univers, les propositions… tout… Lais là, pour cette nouvelle création pour la 18e biennale de Danse de Lyon, nous avons été un peu refroidis par une proposition qui pèche par trop de complaisance et surtout qui n’est pas à la hauteur des intentions du chorégraphe ; il n’y a qu’à lire le programme de salle pour voir que s’il y a quelque chose de Levy-Strauss dans cette œuvre, on est un peu passé à côté et on le regrette…

Dans un dispositif scénographique tout à fait impressionnant, fait de tulles posés sur des cylindres de fer, manipulés par des filins rouges sang  – on le verra que trop à la fin du spectacle – et imaginé par Sallahdyn Khatir qui avait signé, entre autres, de magnifiques espaces pour Thomas Ferrand ou le maître Claude Régy, sept danseurs tentent une marche circulaire tout autour de cet objet fragile, qui filtre la lumière fort présente, voire insistante de Philippe Gladieux.

Les corps dessinent des traces tout autour de cet objet digne d’une installation pour un musée. Ils sont autant d’individualités qui peinent à se retrouver en dehors des marches collectives que semble imposer cet objet. Il y a comme une attraction, un effet centrifuge qui disparaît à peine lorsque les différentes couches de cet objet léger et fluide est suspendu au-dessus de la scène.

Et puis après… et bien c’est le problème… après rien ! comme si cette marche, toute cette énergie portée par des danseurs sublimes mais perdus dans un espace où ils redisent sans cesse ce qu’ils viennent de faire il ne se passe rien. Du coup c’est très long, laborieux comme si Fabrice Lambert, lui-même hypnotisé par cet ensemble ne savait pas couper, ne décidait pas de donner un sens à cette errance scénique. Le final est dans le même esprit, c’est-à-dire pas à la hauteur de ce que peut inventer cet artiste plein de talent… Vient-on a un spectacle de danse pour voir pendant de très – trop ! – longues minutes monter et descendre un mobile, fût-il de Salladyn Khatir ? Il n’y a pas d’issue à Aujourd’hui, sauvage parce qu’il n’y a pas de chemin. La voie est n’existe pas et c’est dommage… On espère que toute cette équipe talentueuse pourra se ressaisir – c’est encore possible de resserrer et de désigner les grandes directions… ou alors, vivement la prochaine mais on garde un drôle de goût en attendant.

I/O n°117

IO n°117

ANNONCE

À LIRE

CND
Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Emmanuel Serafini

Des vérités bonnes à rappeler

Pour bien comprendre l’enjeu du texte comme du spectacle imaginé par Elemawusi Agbedjidji, il faut être attentif dès le début et appréhender le prologue comme la clé d’une coutume dont nous ne pouvons pas être fiers. Je dis  « nous » car c’est à partir d’une bonne et louable attention
30 mars 2021

L’amour, est-ce un continent ?

Un film populaire français s’intitulait  » Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes »…  C’est un peu ce que raconte le jeune auteur Quentin Laugier dans cette fresque inspirée du film « À bout de course  » de Sidney Lumet mise en scène par Alexis Moati à
3 octobre 2018

Une belle personne

Pendant que l’un soulevait la coupe du monde de football, son homonyme, Didier Deschamps, le directeur du Théâtre National de Chaillot publiait un livre, sous la forme d’une série d’entretiens qui renseignent sur la vision d’un homme voué à l’anonymat mais qui, par le truchement d’un destin hors du commun,
18 septembre 2018

Du rire aux larmes

La compagnie stéphanoise Dyptik n’en est pas à son coup d’essai dans le OFF puisqu’on avait pu découvrir leur travail en 2012 avec le trio – déjà ! – « En quête », chorégraphié par Souhail Marchiche rejoint pour la danse par Mehdi Meghari et Toufik Maadi. Avec ce nouveau trio « Le
7 juillet 2018

À contre emploi

Il aura donc fallu attendre la nouvelle création de Marlène Monteiro Freitas pour (re)découvrir la Batsheva, troupe israélienne mythique, dirigée depuis plusieurs années par le chorégraphe Ohad Naharin, lui-même immortalisé dans le film Mister Gaga de Tomer Heymann. Avec Canine Jaunâtre 3, une création pour dix-sept danseurs, la chorégraphe cap-verdienne
5 juin 2018