4 octobre 2018

Festival International de Piano de La Roque d’Anthéron

Cette année, le Festival International de Piano de La Roque d’Anthéron célébrait ses 38 ans. 38 ans d’une histoire personnelle bâtie par les hommes qui le font, laquelle ne serait rien sans la grandeur des murs et de la nature qui l’accueillent.

Parce que si la renommée du Festival s’accroche à nombres de facteurs, celui de son cadre n’est évidemment pas des moindres. Féru de piano ou non, le Parc du Château de Florans, devenue hôpital depuis une cinquantaine d’années, permettra à tous de ressentir, à la façon dont cela peut-être le cas dans la cour d’honneur du Palais des Papes d’Avignon, au théâtre antique d’Orange ou entre les murs du Théâtre du Peuple de Bussang à l’instant ou les portes s’ouvrent sur la nature, que le lieu où il se trouve ne peut-être fait pour rien d’autre que pour l’art. Cet art, justement, qui une fois passée la claque prodiguée par la majesté du cadre, prend le relais sur les charmes de la nature pour faire parler ici le talent des hommes, et lui seulement. Depuis son ouverture et sa fondation par Paul et Bernard Onoratini, en association avec René Martin, l’évènement se veut être le lieu ou s’écoute la quintessence de ce qui se fait de mieux au monde sur la scène des interprètes de piano. La Mecque, disait-on alors, et continue-t-on de dire, presque 40 ans après qu’aient résonné les premières notes jouées par Martha Arguerich sous la conque acoustique construite pour les recueillir. Cette année encore, d’ailleurs, résonnait le son des légendes, alors que Bertrand Chamayou, Boris Berezovsky, Claire Désert ou Nelson Frère se succédaient sur la scène principale du festival.

Mais ce bruit de la légende qui chaque année se répète ne s’apparenterait-il pas à celui du ronronnement qui endort, malgré sa noblesse ? Non. Non car pour contrer l’ennui des connaisseurs, les concerts de 18 h permettent, en plus d’écouter la grandeur à 21 h, de côtoyer la fraîcheur du génie à venir, quand viennent se produire des prodiges de 20 ans sélectionnés par le festival, à l’image de Philippe Hattat, venu interpréter au début du mois d’août une sonate de Medtner remarquable. N’en jetez plus, nous direz vous ! Eh bien si. Si, puisqu’à tout cela il faut ajouter autre chose. Un autre moment remarquable et gratuit que propose le festival : celui du choix des pianos par les interprètes, à 10 h chaque matin. Ici, alors que la chaleur d’été ne s’est pas encore abattue sur le parc, vous pourrez entendre sur le même plateau que celui des concerts du soir, les artistes se battre avec eux-mêmes et s’émouvoir avant de choisir entre trois ou quatre pianos celui qui le mieux fera résonner les talents du compositeur. Un instant d’éternité qui pourra se prolonger si vous venez tendre l’oreille à la porte de Denijs de Winter, l’immense accordeur des instruments du festival, sans qui certains interprètes eux-mêmes admettent qu’ils n’accepteraient pas forcément de venir jouer dans ce petit village perdu du sud de la France. Une preuve que ce festival joue avant tout sur la confiance que se font les hommes et la fidélité qu’ils se garantissent. Ou bien qu’il n’y est en tout cas pas question de gros sous, comme le prouve par exemple la politique tarifaire de l’évènement, pensée pour être accessible à tous. Alors, si avec ça l’an prochain nous ne vous y croisons pas…

Jean-Christophe Brianchon

Jean-Christophe Brianchon

Journaliste à France Culture, Grazia, Théâtre(s) Magazine.

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