21 mars 2018

Festival Malá Inventura de Prague

Quinze ans. Quinze ans que le journaliste que je suis devenu depuis n’était pas allé à Prague. Et que cette ville a changé… Beaucoup changé. Depuis 2002, la politique a fait son œuvre et l’Europe est venue lisser les trottoirs. Dans les rues, les mêmes visions qu’ailleurs et partout, mais une question alors : qu’en est-il de la scène ?

Il serait bien présomptueux de dire que le festival Malá Inventura auquel nous nous sommes rendus fin février suffit à donner une vision globale de l’état de la scène et des arts de Prague et, encore moins, de la République tchèque. Non, ce festival, modeste par son envergure, ne peut nous le permettre, mais somme toute il se dégage de sa programmation et de certains des gestes qu’il présente comme une certitude : les jeunes artistes qu’il nous fait découvrir se posent des questions, et par celles-ci n’ont de cesse de tester encore et toujours les limites des possibles du médium qui est le leur.

Cette tendance qui se dégage de l’édition 2018 du festival présente évidemment un visage utile et rassurant, alors que Jiří Honzírek, Adris Světlíková et Petr Pola nous posent ces deux interrogations simples mais pourtant essentielles avec leur projet « Horizont 8 » : qu’attend-on du théâtre ? Et que veut-on que les artistes nous disent ? Une démarche d’autant plus rassurante qu’elle adopte par la forme l’humilité de son questionnement, en proposant chaque jour au public la même performance que la veille, mais augmentée des suggestions et remarques faites par les spectateurs.

À ces démarches, nécessaires, font face quelques autres tentatives, tout au long du festival, dont l’échec relatif sur le plan formel découle de ce même état de questionnement dans lequel les artistes se mettent si justement. Car cet instant de remise en cause permanent dans lequel ils ont l’humilité de se mettre ne peut toujours générer une forme sûre et un propos clair. C’est bien normal, et c’est exactement à cet endroit que se trouve manifestement Nela Kornetová, dont la performance « Mine » déborde d’effets et de tentatives grotesques (à dessein) qui manquent parfois leurs cibles, mais qui toujours placent au centre la question de savoir jusqu’où pourrait la mener la forme théâtrale dont elle a décidé de faire œuvre.

Une expérience festivalière particulière et inégale, donc, mais qui pose face aux yeux des spectateurs la nécessité qui est celle des artistes de prendre conscience de la puissance de leur art en se frottant perpétuellement aux problèmes qui les amèneront peut-être ailleurs. Une démarche qui prend tout son sens quand on voit, au fil de ces rues modernisées et en parcourant cette ville devenue musée, que, finalement, la seule chose qui n’ait pas changé depuis trente ans ce sont les grandes institutions publiques d’art qu’elle abrite. Pour faire simple et sans en dire plus : vous serez bien heureux de rentrer dans les salles sombres de l’Alta Studio, cœur de vie du festival, après être sortis du musée d’Art moderne de la ville. Non seulement parce que sur le chemin il fait très froid à Prague au mois de février, mais surtout parce que dans les salles de cet immense musée national pas un artiste, et encore moins un commissaire d’exposition, ne semble s’être posé les questions que se posent dans le même temps les metteurs en scène et auteurs du festival Malá Inventura.

 

Jean-Christophe Brianchon

Jean-Christophe Brianchon

Journaliste à France Culture, Grazia, Théâtre(s) Magazine.

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