13 février 2018

Francesca Pennini : la mémoire dans la peau

10 miniballetti
Francesca Pennini
(c) Claudia Pajewski

Francesca Pennini débarquant sur une scène de théâtre, c’est d’abord un corps qui s’extrait de la matière inerte du monde. Le corps singulier, puissamment musclé et irrégulièrement hypertrophié d’une ancienne gymnaste. Mais ce corps-là ne vient pas faire une simple démonstration de son existence : il a quelque chose à nous dire qui remonte à son enfance. L’enjeu dramaturgique est celui d’un adulte jouant à l’enfant qui se prend pour un adulte… De Bach à Nancy Sinatra, la musique, cruciale, fait le pont entre les deux âges (comme chez la Cristiana Morganti de « Jessica and Me », c’est un vieux magnétophone à cassettes qui sert d’artefact mémoriel). De cette réunion avec soi-même naît une chorégraphie décousue, fragile, mais d’une richesse infinie, explorant les incongruités gestuello-anatomiques de la performeuse italienne pour en tirer des séquences toujours puissantes et précises, souvent saisissantes. On aurait aimé, toutefois, que le projet s’épure autour de sa seconde moitié, plus poétique et sensible. Mais si l’on se demande ce que l’étrange et agaçant dispositif dronesque vient faire au milieu de tout ça, c’est peut-être que l’enfant intérieur a imposé sa douce tyrannie.

Mathias Daval

Mathias Daval

Journaliste depuis 2001, lauréat de la bourse du CNT en 2014, cofondateur de I/O et éditeur pour le Theatre Times, membre de la Fédération des critiques de la presse française. Il est également game designer et chargé de cours en master de journalisme culturel à l'université de Paris 3 Sorbonne-Nouvelle depuis 2020.

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