12 février 2018

« Frontières » : du théâtre à la photographie

Imane Djamil | Josephine Brueder | Juliette Clénet | Ozal Emier | Sixtine Leroy
© Sixtine Leroy

À l’occasion de sa seconde édition, le Festival Traits d’Union a remis à l’honneur son goût pour la pluralité et la correspondance des formes artistiques en conviant différents photographes à présenter leurs travaux, répondant tous au thème choisi de « Frontières ». Six artistes ont ainsi exploré les différents possibles du sujet donné avec inventivité et même brio, chaque épreuve présentant des facettes sous-estimées et dévoilant l’intimité de leur esthétique personnelle.

Sixtine Leroy mène la danse, avec une galerie de clichés époustouflants, pris à l’occasion d’un reportage en Guinée sur une création théâtrale ayant pour thème la « Soubah » (sorcière). La jeune photographe a été invitée par le Festival comme marraine de l’exposition. Elle affiche la couleur : creuser l’énigme que représente l’Autre, qu’il s’agisse d’une personne, d’un lieu ou d’une émotion. Son travail a d’ailleurs eu l’effet d’une révélation pour elle, qu’il lui a semblé essentiel de transmettre, dans toute sa pureté. « Je savais que je devrais créer une proximité », confie-t-elle, « enlever la crainte et la peur de l’autre pour former un lien et réussir à capter ce moment naturel et sans façon que je cherchais dans mes portraits ».

Chaque artiste a pu emprunter librement les perspectives proposées. Ozal Emier se présente ainsi sous l’angle de l’introspection quasi psychanalytique (« La vie d’Emmett ») tandis que Joséphine Brueder part à la conquête de « L’Amérique » sur le modèle brillamment revisité du road trip américain. Imane Djamil, lui, choisi le support en noir et blanc pour faire exploser une violence crue, traitant le cortège de paysage comme une forme d’autofiction.

L’assemblage de ces différentes propositions possède en lui-même une puissance saisissante. Sans aucun doute, l’urgence du thème, allié au jeune âge des talents présentés, agite une fougue qui surgit à chaque photo. De la surprise naïve jusqu’à une forme de férocité, le quintette tisse ensemble une polyphonie d’images, déroulant le fil de la frontière pour le faire advenir en tant que pur jeu créatif, prétexte et contrainte formelle.

Lola Salem

Lola Salem

Lola Salem entretient très tôt un rapport privilégié à la scène : d’abord en tant que jeune artiste, puis en tant qu’élève normalienne.
Diplômée d'un master de musicologie et de philosophie, ses travaux de recherche portent en particulier sur la dramaturgie de l'opéra baroque (son histoire et ses évolutions pratiques et esthétiques) ainsi que sur les actrices lyriques et les rôles qui leurs sont associés aux XVIIe et XVIIIe siècles. Elle est aujourd'hui doctorante à l'Université d'Oxford (St John's college).
Son penchant pour la création contemporaine est né de sa formation musicale pratique (Maîtrise de Radio France, chœurs semi-professionnels, conservatoires) et de ses engagements associatifs pour la jeune création théâtrale (Enscène).

Autrice pour I/O Gazette depuis février 2016, Lola Salem s'est rendue dans de nombreux festivals à travers la France et l'Europe et attend désormais religieusement le mois de juillet.

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